Evacuation (2eme partie).

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(les gens qui me connaissent, savent que l’image d’un oeil est l’illustration pour moi d’une peur incontrôlable).

 

J’ai essayé jusqu’a 16h42 de tenir, en ne pensant pas trop.

J’avais déjà l’envie d’alcool mais en sourdine, comme tout ce que je ressentais et que j’essayais d’éteindre.

Je me suis précipité vers le bus à l’heure de partir, en pensant que c’était assez pour une journée, 5 ou 6 de mes collègues sont montés dans le même bus, il était bondé.

Les contrôleurs sont montés à l’arrêt suivant, je n’avais pas de ticket.

Donc quand on a pas de ticket, on reçoit une amende, bien sûr pour cela il faut une pièce d’identité. Hors il se trouve que ma carte d’identité à mon nouvel état civil est actuellement en attente (d’habitude il faut 1 mois maxi, mais là y’a un bug, je vais peut être attendre le double) et je n’ai pas sur moi mon permis de conduire, de toute façon vu la photo de 96 et le prénom, je suis pas sûr de l’effet produit.

Bref mes collègues se font alignés aussi, ils sont autour de moi et la pression monte.

Je dis au contrôleur que je n’ai pas de pièce d’identité et il me prend de haut. Il me demande super fort une pièce quelconque. Pris dans une panique irréfléchie, j’esquisse le geste de sortir mon portefeuille de mon blouson, mais je me souviens à temps que toutes mes cartes sont à mon ancien état civil.

Je dis : »à temps » parce que d’expérience, quand on sort une attest qui ne correspond  pas bien à ce que les gens attendent y’a toujours une réaction qui, même si elle est bonne, n’est jamais très discrète (ou rarement).

Là, le contrôleur me demande une preuve de ma domiciliation qu’elle quelle soit et c’est juste impossible pour moi de sortir les papiers au féminin que j’ai sur moi. Je regarde du coin de l’oeil mes collègues et je commence à avoir des sueurs froides, je panique complètement. Je lui dis à voix basse que si nous sortons de suite je lui expliquerais tout. Il refuse et hurle a son collègue de l’autre côté du bus que je pause problème et que je suis dans un refus mystérieux de fournir une preuve de mon identité.

Je panique complétement avec les  tremblements et tous les symptômes visibles et imaginables qu’on puisse avoir, j’essaye de tenir a distance les larmes.

Finalement le deuxième contrôleur accepte de descendre et d’écouter à distance des autres pourquoi c’est  compliqué comme situation.

A l’heure actuelle, j’ai bien eu une amende, mais je ne sais pas exactement ce qu’on entendu mes collègues.

j’ai juste le goût amer de la trouille que j’ai ressenti, la trouille du placard, la trouille qui te fait te demander si ça vaut la peine de continuer.

Evacuation (1ere partie).

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Ca fait un moment que j’ai pas écrit et quelquefois je me fais l’effet de ne venir que pour déverser le trop plein d’angoisse .

En même temps , ce blog est avant tout centré sur ma transition et je n’avais rien de bien neuf à raconter. Je pourrais aussi, et pour une fois, faire un article hyper positif sur les gens adorables , qui , dans les différentes administrations , ont été juste parfaits (et oui y’en a pas mal, en tout cas ici ) mais je me bats encore avec l’idée de pas porter aux nues les restes d’une simple humanité. Ce que je veux dire c’est que ça ne devrait pas être incroyable de ne pas être transphobe ou homophobe ou juste d’être compréhensif, mais je ne sais pas, en ce moment j’ai presque envie de les embrasser, les gens moins cons que la moyenne.

Bref , la prochaine fois , si je me sens d’humeur bisounours ou que j’ai pris du migralgine avec de l’alcool, je ferais un article sur ces comportements qui font du bien, à titre d’exemple de comment ça devrait être, mais aussi pour éviter de vous foutre le moral à Z.

 

Revenons à ma journée.

Donc je vais à ma formation ce matin.

Assez bizarrement, depuis quelques mois que j’y suis, le débat autour du mariage homo avait l’air de complètement leur passer à côté, à mes collègues.

J’en étais venu a me dire que ça pourrait être supportable, j’avais mis en place mes stratégies journalières, pour  écouter le moins possible raconter leur conneries sexistes et homophobes, pour m’aménager des pauses dans la journée, pour me rapprocher des plus vieux. Ne subissant plus (je ne sais pas trop pourquoi) les vieilles vannes homophobes directes d’un de mes collègue, je commençais à me dire que c’était faisable.

Ce matin, J. décide de donner son avis sur le mariage homo (alors que personne ne lui demande, évidemment).

–  » Alors moi je comprend pas que cette loi soit passée alors que tous les gens que je connais sont contre. De toute façon je m’en fous, ils peuvent bien faire ce qu’ils veulent, qu’ils se marient si ils veulent du moment qu’ils n’ont pas le droit d’avoir des enfants! Parce que quand même c’est bien dégeulasse. Imagine, les enfants qui les voient s’embrasser… »

Et là, c’est parti pendant facile une heure, ou presque, tous mes collègues ont exprimé ce qu’ils feraient à deux homo qui s’embrasseraient devant leurs enfants.

Et c’est parti… de comment leur péter les genoux pour qu’ils ne  puissent plus se tenir debout mais que ça serait encore trop facile pour sucer, à l’utilisation d’un tournevis dans l’anus jusqu’à la clé à molette pour tordre les couilles, ça a été un festival de rigolade pour eux, parce que OUI, ils étaient fiers d’avoir de bonnes idées.

Nous sommes 10 dans ma section, 2 n’étaient pas là, 7 se marraient.

Et j’enregistrais dans ma tête, même si je ne voulais pas.

On est passé en mode concentré pour réaliser un schéma. Les lignes devenaient troubles, j’avais la nausée. Je suis rentré chez moi, je n’ai pas pu manger.

J’y suis retourné l’après-midi, je me suis enfermé mentalement dans ma cabine, j’ai avancé lentement dans mon travail, en prenant soin de ne parler à personne.