A propos Killereyes

...still in transition

Être un trop « gentil trans » dans une relation

Témoignage paru dans le numéro 12 de TransKind, p.42  https://transkind.wordpress.com/2015/10/25/transkind-n-12/

micro paillette

         Quand j’ai commencé ma transition, à 30 ans, c’est-à-dire quand j’ai commencé à concevoir et à accepter le fait que je sois trans, j’étais dans une relation plutôt intense, on va dire, pour faire simple.

Depuis mon adolescence, je n’avais jamais vraiment été célibataire pendant plus de 3 mois et j’avais vraiment l’habitude de faire passer l’autre avant moi, ce qui se finissait toujours assez mal, évidemment (à une ou deux exceptions près). J’avais la tête farcie de films et de roman d’amour où la force des sentiments s’évaluait au degré de sacrifice et d’abnégation.

Je venais d’emménager à Paris quelques années auparavant et j’avais la chance d’être très entouré à cette époque, nous étions un petit groupe de butchs et de trans en début de transition et nous passions beaucoup de temps ensemble, à militer, à boire, à faire la fête, à baiser, à refaire le monde quoi.

J’étais vraiment exalté par cet univers que j’apprenais à connaître, je découvrais l’activisme trans/pédé/gouine, le milieu “Queer Paillettes” parisien, le féminisme, le bdsm, et tout ça tout en gardant un travail à temps complet en banlieue qui me demandait beaucoup d’investissement et qui me remuait.

C’est dans ce contexte que j’ai rencontré P.

Elle faisait partie de ce petit groupe de fems qui écrivait, réalisait, jouait, performait en faveur d’un féminisme sex-positif et bénéficiait d’une certaine notoriété pour cela.
Je ne vais pas mentir, c’était terriblement agréable pour mon ego à un moment où
chaque miette d’une reconnaissance quelconque me semblait bénéfique.
Je ne vais pas revenir en détail sur cette relation ici, parce qu’elle a été un peu trop dou-
loureuse, à base d’humiliations et de manipulations diverses.

Bref.

Mais je crois que c’est important d’essayer de mettre des mots maintenant sur les consé-
quences de ce que je considère, avec recul, comme étant un des effets de la transphobie
intériorisée.

P. était très clairement attirée, sexuellement aussi, par une certaine forme de masculinité, y compris chez les gouines.
Ce qui me convenait parfaitement au début : étant moi même en questionnement sur mon identité et mon expression de genre, j’éprouvais du plaisir à correspondre à ces standards. J’étais heureux qu’elle soutienne ma transition, à tel point qu’elle me tienne la main lors de ma première injection de testostérone, qu’elle ne se trompe pas en me genrant, qu’elle accepte mon prénom choisi bien qu’elle ne l’aime pas. J’étais fier comme un paon qu’elle écrive sur moi, qu’elle joue des scènes porno avec moi, et plus que tout j’étais infiniment reconnaissant qu’elle continue d’être avec moi. Je ne voyais pas le problème dans le fait qu’elle raconte à ma place et sans moi notre relation de façon publique puisque « le privé c’est politique » , qu’ elle porte haut le drapeau de la cause trans dans les médias, qu’elle parle du fait qu’elle sorte avec un trans à ses collègues parce que attention il ne faudrait pas qu’ils la croient hétéro et que bon « les bi ça n’existe pas en terme d’oppression spécifique » .

Je ne remettais rien en cause parce que je me sentais validé voir même reconnu
en tant que trans, même si je n’arrivais pas à l’exprimer comme ça à ce moment, et
que c’était ce dont j’avais besoin, quitte à être exotisé et à coller à ce qu’on attendait de
moi. C’est ce sentiment qui m’a fait sombrer dans une dépendance affective merdique
où apprendre à dire non ou poser mes limites n’étaient clairement pas à l’ordre du
jour et ne pouvaient pas l’être et ça, dans tous les aspects de notre relation, y compris
sexuellement.
Le pire c’est que je n’avais aucun recul pour analyser ce qu’il se passait et j’ai mis beau-
coup de temps après la fin de notre relation pour comprendre ce mécanisme.
Tout ça a pris énormément de place aussi et je regrette maintenant de ne pas m’être
accordé assez de temps pour apprécier et célébrer tous les changements physiques apportés par la testo la première année.

J’avais une pauvre estime de moi et je travaille toujours dessus. Je veux dire, c’est tou-
jours très difficile de savoir précisément pourquoi, quelle est la partie en rapport avec
le fait que je sois trans, je comprends maintenant des choses qui peuvent paraître inextricablement entrelacées avec d’autres éléments de ma vie mais qui aboutissent à ce
même ressenti, celui d’être nié ou d’être une quantité tellement négligeable et d’accumuler les conduites à risques qu’elle en est insignifiante.
Et c’est là que je parle de transphobie intériorisée.

Car si on intègre profondément, qu’on rentre bien au fond de nous les messages que nous envoient, une bonne partie de notre vie et de manière plus ou moins directe, nos parents, notre famille, nos amis et la société en général, on en vient vite à penser que ce que l’on ressent n’est pas légitime, que ce que l’on est n’est pas légitime, et que finalement nous ne méritons pas vraiment d’ être heureux.
À partir de là, c’est facile de s’autodétruire, et d’accumuler les conduites à risques y
compris sexuellement et/ou affectivement, c’est facile d’accepter ou de relativiser la
transphobie, l’exotisation, le voyeurisme, les blagues douteuses et le rejet sans plus
longtemps essayer de se battre et en cherchant perpétuellement des miettes de recon-
naissance auprès de personnes qui ne le méritent pas.

    Maintenant, je pense que réaliser tout ça et ses conséquences me prend du temps, que je n’ai pas fini d’y réfléchir, que ça fait partie de ma transition, et que c’est pour ça que
j’estime qu’elle n’est pas terminée et qu’elle ne le sera peut-être jamais.

En attendant, je ne supplierai plus pour qu’on veuille de moi ou qu’on me traite avec
respect, je ne relativiserai plus le fait qu’on dépasse les limites que j’ai fixées, je ne
féliciterai pas, ni ne remercierai les personnes qui me valident, je n’ai besoin que de
moi-même pour ça.

From « Facing Mirrors » to « Une femme iranienne », a case of transmasculine erasure in LGBT cinema

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Facing Mirrors (Aynehaye Rooberoo, 2011) is a very beautiful Iranian movie made by female director Negar Azarbayjani. Set in contemporary Iran, it tells the story of a « traditional » mother and wife who finds herself becoming a taxi driver to pay off the debt that sent her husband to prison, and becoming friends with Eddie, a trans boy desperately waiting for his passport allowing him to leave Iran.

Facing Mirrors toured in several LGBT French film festivals, winning in 2012 the Grand Prix of the Chéries-Chéris festival, and is being distributed by a non-profit organization called « The Film Colleborative ».

Which is how I came to see this film, in 2013 at the Face à Face festival in Saint-Étienne (France).

During the movie, I was taken aback several times with pronouns and gendering problems in the French subtitles. I was really looking forward to watch this movie but when it ended I remember thinking that these mistakes kind of ruined it for me.

So I decided to enquire about how these subtitles were made in the first place. I learned that a film festival from Provence hired a (non-LGBT) translation firm to do the job. So, after being given the translator’s e-mail address, I wrote to her in a very diplomatic fashion (yes, I do know how to be diplomatic at times) to tell her that given the context of the movie translating an English neutral form into a French feminine does not really work. E.g. when Eddie tells Rana « I’m a transsexual » (which is an important moment in the movie), it’s just simply not appropriate for the subtitles to read « Je suis une transsexuelle » (« I am a transsexual woman »).

As I expected, the translator didn’t receive my remarks very well, meaning that she politely but coldly disregarded them (after all, who was I to complain about her work?).

(page 8/17 : http://www.thefilmcollaborative.org/_dialoguelists/FACINGMIRRORS_Dialogue_List_42012.pdf)

I was a bit irritated, though not surprised – given that she was not an LGBT person and obviously didn’t bother to do research before doing her job. After all, that’s what most journalists do – or rather, don’t do- when they write about trans folks.

Nobody seems to have thought about this question within LGBT+ festivals. It’s a wonder that we are still surprised by this lack of concern from LGB« T » festivals who manage to get confused between MtF and FtM in their programs.

http://lgbt.zefestival.fr/index.php/festival-2015/festival-2013/long-metrages/item/facing-mirrors

I’m still upset about this. This is a good movie and the translation job not only warps the very meaning of it but also renders its main theme invisible, for reasons that are unfathomable to me.

The movie will be released nationally in France on May 13th, distributed by Outplay, said by the Écrans Mixtes festival (Lyon) on the 9th of March, 2015.

http://festival-em.org/avant-premi%C3%A8res-et-in%C3%A9dits/une-femme-iranienne/

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But here’s the thing, though. The movie title was changed to « An iranian woman ».

Why ? Nobody knows. I tried asking Outplay (I was not super-nice while doing it, but I didn’t insult them either) through their Facebook page, their website, and ultimately by contacting Thibault Fougères, the head of the organization. He is also the co-founder and programmer for the Marais Film Festival, hardly an LGBT festival at that, but rather a neighborhood film festival, see http://yagg.com/2014/09/10/le-marais-film-festival-un-nouveau-rendez-vous-parisien-pour-le-cinema-lgbt/ )

About a week ago I finally got an answer back, saying that he didn’t have time, because he was on going to the cinema. (I hope he got out of there though, ’cause it’s not really healthy to eat only popcorn for a week, but whatever.)

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I also have some questions about Outplay. How is it that a distributor, which broadcasts such excellent movies as Something Must Break, still has their website categorized into « for boys » and « for girls » ? Talk about binary. Sometimes I wonder if the directors are aware of this or had been asked beforehand, but who really knows. Maybe I’m a cinema extremist.

BUT WHY IS IT SO IMPORTANT ?

I’ll now try to explain some things that seem quite obvious to me (although I am, as you can probably tell, quite irritated about it).

Changing the title from Facing Mirrors, a rather good translation from the original Iranian title, to An Iranian Woman, completely erases the trans masculine character in the movie. One can wonder if the Iranian Woman in the title is actually meant to be Rana (or at least that is my hope so), but focusing the movie on her character cuts Eddie out of the story, as if he means nothing. That would not correspond with the main theme of the movie, which in fact is not Rana’s life itself, but the bonds and friendship which develops between the two characters and their shared journey, brilliatntly reflected by the original title.

Trans erasure is what’s happening here, and it is happening in the same way that transmaculine folks (Ft*, FtM) are usually discriminated against. Every day, we receive the message that we are a disposable identity, or that we do not exist at all, from our surroundings, from our loved ones, the media, the doctors, the administration, representatives, cis gays and lesbians. This might appear only as « small mistakes » in the eyes of others; mistakes about our names, our pronouns, vocabulary mistakes, stuff that gets forgotten or left out. But the truth is that erasure kills. That message is of the kind that gets under our skin day after day. It’s the kind of message that gets inside a trans child or adult to tell them that their identity will never be validated as important by others, that they must be crazy, that they must stop being who they are in this society or even in this life.

There are very few movies with transmasculine people as main characters. Boys Don’t Cry still gets classified as a lesbian movie on some LGBT websites, and I have a feeling that we are the only ones getting upset about it. I think it’s time to get harder on this, to stop being nice, and to get deeper into the « details » that pile up and make our lives a lot more diffivult. We need cis gays, lesbians and bi people to take the responsibility they have towards us if they want to continue to wear the « LGBT » label with pride.

De FACING MIRRORS à UNE FEMME IRANIENNE, l’exemple même de l’invisibilisation progressive des trans masculins dans le cinéma « LGBT »

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FACING MIRRORS (Aynehaye Rooberoo) est un très beau film iranien de 2011 de la réalisatrice Negar Azarbayjani qui raconte l’histoire, qui se situe dans l’Iran actuel, d’une rencontre et d’une amitié entre une mère et épouse « traditionnelle » qui se retrouve forcée de conduire un taxi pour rembourser la dette qui a envoyé son mari en prison, et Eddie, un garçon trans qui attend désespérément son passeport pour quitter le pays.

En France, ce film est passé de festival LGBT en Festival LGBT, en obtenant en 2012 le Grand Prix du Festival Chéries-Chéris et en étant diffusé par un distributeur à but non lucratif « The Film collaborative ».

Et c’est ainsi que j’ai pu le voir en 2013 lors du Festival Face à Face de St Etienne.

Or pendant la séance, j’ai sursauté sur mon siège plusieurs fois quand j’ai constaté à de multiples reprises des problèmes de genrage dans les sous-titres en français. J’avais attendu avec impatience de voir ce film et en sortant, je me souviens m’être fait la réflexion que ces erreurs m’avaient un peu gâché la projection. J’ai alors décidé de me renseigner sur la façon dont ces sous-titres avaient été réalisés, et après un échange de mails, j’ai appris qu’un festival de la région PACA avait sous-traité une boîte de traduction (pas LGBT donc). Ayant obtenu le mail de la traductrice, j’ai fait preuve d’extrêmement de diplomatie et de pédagogie (si,si quand je me concentre fort, je peux), pour lui signifier que dans le contexte du film, il n’était pas possible de traduire de l’anglais vers le français un neutre vers un féminin, par exemple quand Eddie avoue à Rana « I’m a transsexual » (qui est quand même un moment important dans le film) il est insupportable de lire à l’écran « Je suis une transsexuelle ».

Bien sûr, la traductrice m’a pris de haut et m’a envoyé bouler poliment mais froidement et avec mépris (qui étais-je pour lui donner des conseils sur son travail?).

(page 8/17 du script)

Alors bon ça m’a énervé mais on peut pas dire que ça m’a surpris plus que ça venant d’une personne hors milieu qui ne s’est juste pas donné la peine de se renseigner pour faire son boulot, après tout c’est ce que font la plupart des « journalistes » dès qu’ils parlent des trans.

Par contre au niveau des festivals LGBT, à priori, personne ne s’est posé de question jusque là. En même temps, doit-on s’attendre à plus d’attention et d’implication de la part de festivals qui se disent LGB « T » et qui arrivent à s’embrouiller entre les termes MtF et FtM dans leur programmation.

Mais sur comment on prend au départ un film bien pour le dénaturer et aussi au passage invisibiliser sa thématique principale pour des raisons toujours inconnues à ce jour, le meilleur reste à venir avec la sortie nationale du film le 13 mai prochain, « grâce », nous dit le festival Écrans Mixtes de Lyon (séance du 9 mars 2015), au distributeur OUTPLAY.

cache_2454691361Seulement voilà, le film a changé de nom, dorénavant ce sera « Une femme iranienne ».

POURQUOI ?

On se sait pas. J’ai tenté de poser la question à Outplay (bon ok j’étais moyennement gentil, mais quand même pas insultant) via son FB, son site, et finalement son directeur Thibaut Fougères (également co-fondateur et programmateur pour ce nouveau  festival « de quartier » mais surtout pas LGBT qu’est le «Marais Film Festival », voir article de Yagg )

Celui-ci m’a sympathiquement répondu il y a une semaine, qu’il n’avait pas le temps il avait piscine

(enfin presque, j’exagère, il était en sortie ciné, j’espère que d’ailleurs depuis il est sorti parce que je suis pas sûr que ça soit génial pour la santé de s’alimenter de pop-corn pendant une semaine).

thibautfougèresAlors oui je m’interroge sur Outplay, je m’interroge également sur le fait qu’ une boîte distribuant un film aussi bien et queer que Something Must Break répertorie sur son site les films en deux catégories (qui a dit binaire?) « côté filles » et « côté garçons ». Des fois je me demande si les réalisatrices/ réalisateurs sont au courant et j’aimerais qu’on leur demande aussi leur avis, mais bon peut-être que je suis un extrémiste du respect du cinéma, je sais pas.

MAIS POURQUOI EST-CE SI IMPORTANT ?

Alors je vais me fendre encore une fois d’une tentative d’explication pour dire ce qui me paraît évident (et bon sang ça m’énerve de devoir le faire).

Parce que de passer du titre Facing Mirrors qui est une bonne traduction du titre original à Une femme iranienne qui invisibilise totalement le personnage trans masculin, alors bien sûr cette « femme » du titre est Rana (enfin j’espère), mais focaliser sur elle avec ce titre revient à effacer Eddie de l’histoire, à signifier par le vide qu’il est quantité négligeable. Et ce n’est pas ce que raconte ce film, ce n’est pas la vie de Rana qui est le sujet central, mais bien cette rencontre et cette amitié, ce voyage à deux qui se reflète dans le titre original.

Or l’invisibilisation c’est bien spécifiquement la manière dont les trans dans un spectre masculin (Ft*, FtM) sont discriminés. Tous les jours, au quotidien, nous recevons des messages de notre entourage, des médias, des médecins, des administrations, des politiques, des gays et des lesbiennes cis, qui nous signifient que nous sommes une quantité négligeable ou que nous n’existons pas. Alors parfois ce n’est pas flagrant, ce ne sont que des « petites erreurs » aux yeux des autres, (souvent de prénom, de pronom, de vocabulaire) des oublis, des silences… mais vous savez quoi ? C’est ça qui tue. C’est ça qui nous écrase jour après jour, qui rentre insidieusement dans la tête d’un enfant trans (ou d’un adulte) pour lui faire comprendre qu’on ne le reconnaîtra jamais comme important, qu’il est sûrement fou et qu’il doit renoncer à être lui-même dans cette société, voire dans cette vie.

Il y a très peu de films avec un trans masculin comme personnage principal, on peut les compter sur les doigts d’une main, mais on trouve toujours Boys Don’t Cry classé sur certains sites « LGBT » dans la catégorie lesbienne et ça ne choque que nous j’ai l’impression. Bien je pense qu’il est temps qu’on ne laisse plus rien passer, qu’on arrête d’être gentil, et qu’on s’arrête sur ces « détails » qui mis à la suite les uns des autres nous pourrissent la vie, il est temps d’exiger des gays, des lesbiennes et des bi(e) cis qu’ils/elles prennent leurs responsabilités si ils/elles veulent continuer à arborer le sigle LGBT sans problème.

Si vous désirez imprimer ce texte et par exemple le distribuer durant les festivals diffusant Facing Mirrors sous le titre Une femme iranienne, comme par exemple le lundi 9 mars à 20H au cinéma le coemédia à Lyon dans le cadre de ECRANS MIXTES, n’hésitez pas !

A télécharger ici !

Ça fait 5 ans maintenant

Témoignage paru dans le TransKind N°7

http://transkind.wordpress.com/2014/04/05/transkind-n7/

 

 

J’ai 35 ans et je ne suis pas proche de mes parents.

 

Aucun rapport avec ma transition, simplement, je ne me sens pas « intime » avec eux, je ne pense pas qu’ils me connaissent vraiment.

 

Je ne sais pas d’où ça vient exactement, j’ai très peu de souvenirs avant mes onze ans, mais à l’adolescence, la distance est devenue un mur parce qu’il n’y avait pas la place pour que je leur parle de moi et depuis il n’y en a toujours pas.

 

Mes grand-parents sont morts, je n’ai plus de contact avec mes oncles et tantes depuis, je ne connais pas vraiment très bien mes frères et ma sœur issus d’un autre mariage de ma mère, puisque je n’ai pas vraiment grandi avec eux et qu’ils sont partis (je suis le plus jeune).

 

C’est toujours bizarre pour moi quand on me pose des questions sur ma famille par rapport au fait que je sois trans.

Je ne me sens pas de me plaindre vraiment parce qu’ils ne m’ont pas exclus comme tant d’autres trans que je connais, ils n’ont rien dit de vraiment horrible, n’ont pas posé de questions gênantes, d’ailleurs ils n’ont pas posé de questions du tout.

 

Dans les faits, mes parents assurent une sorte de service minimum d’après moi.

Par conséquence je ne trouve aucune raison de rompre le contact, mais je trouve que notre relation n’évolue tellement pas qu’elle est juste pesante.

 

 

A 20 ans j’ai dit à mes parents que je préférais les filles (en tant que fille), je le savais déjà depuis mes 16, ça s’est pas trop mal passé, ma mère a pleuré en mode « qu’est-ce que j’ai fait ? » et mon père a changé de sujet. Mais après ils ont accepté mes petites amies (surtout si elles n’étaient pas trop masculines…)

 

A 30 ans, j’habitais à Paris, mes parents toujours à Tours.

J’ ai voulu faire mon coming out en tant que trans, et puis je me suis dégonflé, j’ai complètement flippé, j’ai eu un peu une réaction étrange et à la place je leur ai dit que j’avais joué dans un porno (ouais je sais… en même temps c’était vrai hein), mon père m’a demandé si j’avais été payé (pragmatique jusqu’au bout) et ma mère a eu un silence (avec un regard un peu choqué tout de même).

 

Finalement je leur ai dit en septembre de cette année-là, je prenais de la testo depuis mars, je me bindais depuis 2 ans. J’ai pas voulu porter leurs angoisses ou leurs interrogations parce que j’avais décidé que je n’avais pas besoin de ça à ce moment là et que je n’avais pas à répondre à leurs doutes ou leurs possibles espoirs déçus.

 

Je leur ai donc dis par mail. J’ai essayé de choisir des mots simples mais qui me correspondaient, sans passer par « je suis un garçon… né dans le mauvais corps… » vu que ce n’est pas ce qui m’allait, sans passer non plus par une explication des multiples identités vu que je ne pense pas que c’était (ou c’est encore) à leur portée.

 

Ça donnait un peu ça :

 

« Je suis en pleine transition. C’est a dire que j évolue vers un genre masculin plus apparent.
Je suis suivi par une thérapeute et un endocrinologue qui s’occupent très bien de moi et me
font suivre un traitement a base d hormones ( testosterone).
Ce qui explique les changements physiques que vous pourrez constater.
Pour mettre des mots sur cette brève explication : je suis trans’ . »

 

Il n’a pas eu de réaction négative, il n’ y a pas eu de questions non plus.

J’ai commencé à leur demander de m’appeler par mon prénom choisis peu de temps après.

 

 

Ca fait 5 ans maintenant.

Et rien n’a vraiment changé. Je m’interroge souvent sur le fait que je vive à distance n’aide pas et comment je pourrais leur faire comprendre, mais je leur en veux aussi de ne pas faire plus d’effort pour se renseigner.

Je leur ai demandé un témoignage pour mon changement d’état civil, et ne les ai pas orienté pour savoir ou ils en étaient, ils utilisent dedans mon prénom féminin mal accordé avec des adjectifs masculins qui ressemblent plus a des lapsus qu’ a une volonté de leur part.

 

Je vais une ou deux fois maximum par an chez mes parents, et rarement plus de 4 heures, parce que je trouve ça assez insupportable.

 

J’ai beaucoup changé physiquement, j’ai de la barbe maintenant, j’ai obtenu mon changement d’état civil il y a 1 an.

Mais rien ne change, quelquefois je trouve que c’est même pire.

Les efforts un peu ratés, mais bien soulignés, de ma mère pour m’appeler par mon prénom choisis, qui me paraissaient au début un bon signe, sont maintenant pour moi vraiment problématiques.

 

Après 5 ans elle se trompe toujours à peu près une fois sur deux, mon père déploît des efforts intenses pour ne pas me genrer du tout mais il se loupe souvent.

 

J’ai beaucoup de mal à les reprendre, et la dernière fois que je l’ai fait, ma mère a ri en mode « ohh c’est bon, hein, y’a pas mort d’homme… »

 

 

Je les ai, par hasard, entendu parler de moi, en dehors de ma présence, et le féminin est totale, donc j’ai très peu d’espoir que ça s’améliore.

 

Et enfin bien sûr, ils me croient hétéro, il me semble qu’il me reste un coming out à faire ( probablement noël prochain).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

De la violence (physique)

C’est un gros sujet pour moi. Je suis pas sûr de maîtriser les enjeux politiques et tout ça… mais bon je me lançe.

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Mes parents m’ont toujours dit : « Ne reponds pas ».

C’était à toutes les sauces, un reproche, une remarque, une explication… c’était super mal venu de répondre.

Parce que j’étais perçu comme une fille? Oui sûrement, oui peut être, ou juste un enfant qui ne doit pas rentrer dans un débat avec ses parents.

Résultat, on a jamais vraiment réussis avoir une quelconque discussion, tout était faussé par cette règle immuable.

Même encore maintenant j’y arrive pas.

J’ai fait du basket féminin de mes 8 ans à mes 16 ans et croyez moi, c’etait pas tendre, les coups pleuvaient.

Et puis j’ai eu 18 ans un jour et j’ai connu le milieu lesbien d’un bar de province, ou la plupart des personnes évoluants dans ce milieu avait le double de mon âge.

La plupart des soirées se finissaient mal, bien souvent à l’hôpital, ou les lesbiennes infirmières assuraient le suivi des histoires et des gossips ( C’est grâce à l’une d’entre elle une fois que j’ai appris que ma mère avait été hospitalisée, alors qu’elle n’avait pas pris la peine de me l’apprendre).

Bref.

Moi j’étais vraiment dans ma période Gandhi, j’avais lu les bouquins, j’avais vu le film, et je croyais grave qu’en ne réagissant pas face à la violence, je pouvais changer les choses. Du coup, j’avais eu quelques conflits, ou je m’étais laissé frappé en attendant que ça s’arrête, en pensant vraiment que jouer le jeu de la violence, c’était rentrer dans un jeu que je n’acceptais pas, et qu’en refusant d’y jouer je le désamorçais.

Mais avec un peu de recul, je m’aperçois que je suis incapable de me défendre physiquement, que même si j’essaye de participer a des ateliers d’auto-défense verbale (enfin un), je ne serais pas plus capable d’amorcer un geste physique, qu’on me renvoit régulièrement que les trans FT* et FTM sont des gentils et c’est pour ça qu’on les aime…

Que la dernière fois ou j’aurais aimé frappé quelqu’un, il a désamorcé le truc en me renvoyant mon statut de trans dans la gueule, que la testo et ses effets agressifs c’était bon et puis que je n’avais pas besoin de ça pour « surjouer la virilité » qu’il fallait que j’arrête d’être menaçant parce que a ce que j’ai compris ce n’était pas ma place, ce n’était pas mon rôle.

J’en peux plus des personnes qui me disent de garder mon calme, que ça ne sert a rien, qu’en répliquant on ne fait que jouer leur jeu. Accorde moi le crédit de s’avoir ce que je fais. Si je peux rentrer chez moi avec l’idée défoulante d’avoir pu taper un connard, c’est vraiment pas si mal en fait. Ouais des fois ça sert a rien, des fois ça fait juste du bien, mais vraiment c’est pas si mal.

Je me dis juste que le prochain , il prendra pour tous les autres.

Et j’espère que mes amiEs présentEs ne me diront pas de me retenir.

Etre unE bonNE alliéE

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C’est bientôt l’Existrans, la marche des trans, des intersexes et de leur alliéEs et tu te demandes (si tu n’es pas trans et pas intersexe) si tu te considères comme unE bonNE alliéE, et bien tu sais quoi?

Si tu es capable de ne pas parler à notre place, tu peux le faire!

Je vais sortir de moi-même pendant 5 minutes et faire des efforts de pédagogie que normalement je ne devrais pas faire, parce qu’il me semble que tu devrais avoir compris ça depuis fort longtemps.

1) EDUQUE TOI

Ce qui veut dire que je n’ai rien a t’expliquer, que tu peux le faire toutE seulE et que je ne te dois rien.

(c’est bon y’a internet maintenant et si tu comprends pas que les trans sont mieux placéEs que les autres pour parler de leur vécus et de leurs revendications, abandonne tout de suite et maintenant)

2) FERME TA GUEULE

Ouais c’est vrai je pourrais être plus diplomate, mais je ne le suis pas. Et j’ai le droit aussi.

Ce qui veut dire que

a) dans une situation ou des trans sont présents, ne prends pas la parole pour parler de trans

b) dans une situation ou des trans sont absents (entre cis, enfin tu présupposes) bottes en touche et rappelle que personne n’est légitime pour parler en leurs noms. Il y’ a maintenant suffisamment d asso et de collectifs pour pouvoir se passer de ton avis de cis.

(toi même tu sais que les arguments type : « je connais suffisamment de trans, je suis sortie avec des trans/un trans » ne sont pas des arguments légitimes)

3) OUI, TU AS DES QUESTIONS, mais j’en ai rien a foutre.

Eduque toi, par des liens, des textes,des rencontres, des conférences, mais ne vient pas me les poser, car tu présupposerais que je suis là pour y répondre et ce n’est pas le but de ma vie tu vois.

4) OUI DES FOIS ON AIME QUE NOS AMIES CIS NOUS SOUTIENNENT et viennent a l’Existrans par exemple, ou juste soient là, pas loin, et c’est cool, on les aime grave parce qu’ils ou elles nous montrent du soutien,  mais on sait qu’ils ou elles ne diront pas un truc du genre « on est tous un peu trans tu sais », parce que ce n’est pas vrai.

5) DIRE QU’ON EST LGBTQI ou transpédégouine (attaché et c’est voulu), non ce n’est pas suffisant pour prendre la parole (spéciale dédicace)

Ce que tu entends par ta communauté, ce n’est pas obligatoirement ce que j’entends par la mienne. Et de plus les combats sont spécifiques, si tu refuses de le reconnaître, je pense que tu as un problème dans ta façon d’être en politique.

6) Est-ce que tu as remarqué que cet article s’applique a pas mal de luttes?