Nos amiEs, ces « alliéEs » en carton (Part 1)

Contact IDF ou l’exemple extrême de ce qu’il ne faut pas faire

Dans la série « Nos faux amiEs, ces alliéEs en carton », parlons donc de CONTACT IDF en premier, parce que c’est d’une actualité brûlante. Toutefois j’aimerais bien aussi qu’on garde en mémoire que Contact idf, n’est ni la première, ni même la seule association, et de loin, adoptant cette démarche que je qualifierais de dangereuse pour les personnes trans ainsi que leurs proches, et de stupide et insultante pour les associations, collectifs et militantEs trans, j’y reviendrais plus tard.

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Comme vous pouvez le voir, avec cette communication, Contact IDF a battu de loin le record du grand n’importe quoi, en décrivant les membres de la SoFECT comme des «professionnels de la santé qui œuvrent au quotidien dans l’intérêt des personnes trans pour leur permettre de réaliser harmonieusement (WTF?) leur réassignation », en invitant comme un « spécialiste bienveillant » le vice-président mais aussi en confiant l’animation à un psychologue psychanalyste débarqué d’on ne sait où. C’est vrai que c’est bien connu que la psychanalyse est super au point question transidentités !

 

Alors, cherEs membres de CONTACT IDF, comment dire ?

Avez vous bien noté qu’une des revendication de la marche Existrans qui se tient chaque année à Paris dit : « Démantèlement des équipes et protocoles hospitaliers »?En fait, lisez-vous vraiment ces revendications avant de venir marcher ou juste ne vous penchez-vous jamais sur ces quelques mots qui doivent ne doivent pas représenter grand chose pour vous ?Avez-vous remarqué chaque année des termes comme « Dé-psychiatrisation » et « Auto-détermination » sur nos pancartes, et pensez vous que cela veut simplement dire qu’on refuse d’aller en HP ?

N’avez vous pas suivi de formations sur les questions transidentitaires auprès d’asso trans qui vous ont expliqué ce qu’était la SoFECT au juste ?Elles doivent être bien dégoutées d’avoir perdu leur temps avec vous.

Autant pisser dans un violon.

Qu’est ce que vous ne comprenez pas, ou plutôt, qu’est-ce que vous avez bien voulu retenir ?

Ou alors vous avez pensé : « Bon l’inter LGBT (dont CONTACT IDF fait parti) a récemment participé à un colloque* de la SoFECT et personne n’a rien dit, c’est le bon moment pour les inviter, ça passera crème ».  cf: l’ inter LGBT et la sofect, juin 2017

Bref, je ne sais pas quel est votre raisonnement et si il y’ en a un, mais VRAIMENT, je ne veux pas le savoir. En tout cas de la cohérence y’ en a pas.

 

 POURQUOI CETTE DÉMARCHE EST DANGEREUSE ?

Cette démarche est d’autant plus nocive qu’elle permet à la SoFECT de se donner une nouvelle image lisse en étant présentée comme composée de professionnels bienveillants et en leur laissant l’espace pour se décrire comme incompris par les asso trans (discours maintes fois usité par eux). Voilà la nouvelle équipe et le nouveau porte parole le Dr Chambry, on oublie Cordier et Chiland, Bonierbal, on oublie Schoendorff et tous les transphobes historiques, on ne parle que des mineurs trans et on surfe sur la belle visibilité truquée donnée par le documentaire « Devenir il ou elle ».

L’enjeu est d’autant plus grave ici que Contact est une asso de parents d’ enfants LGBT et qui a une certaine notoriété dans ce domaine (bon principalement parce que c’est la seule ou la plus grosse).

Résultat, le message qu’ils envoient ici aux parents mais aussi directement ou indirectement à leurs enfants, c’est quand même que la transidentité est une histoire de psy, que l’ accompagnement le plus adapté et nécessaire c’est celui d’un auto-proclamé « spécialiste » et que l’avis qu’il faut absolument avoir c’est celui du vice-président de la SoFECT.

Rappelons qu’ en s’auto-proclamant « experts » , et en traitant au passage tous les autres médecins voulant accompagner les personnes trans dans une démarche respectueuse de « charlatans » (citation véridique), les membres de la SoFECT empêchent d’autres médecins de se former et créent encore plus d’inégalité sociale géographique et de précarité, bloquent l’accès pour les personnes trans au libre choix de leur médecin et aussi aux remboursements pour les personnes désirant se faire opérer ailleurs que dans leurs équipes (influence corporatiste de la SoFECT sur le Médecin Conseil National), en plus de les forcer a un suivi psychiatrique long, souvent problématique ou carrément maltraitant .

Est-ce qu’il faut vous rappeler le taux de suicide chez les jeunes trans ? Est-ce qu’il faut qu’on vous raconte la vie de chaque personne trans qu’on a accueilli et qui s’est faite maltraiter psychologiquement, médicalement ou même chirurgicalement par les équipes de la SoFECT ?

Est-ce qu’il faut qu’on vous donne des noms ou qu’ on vous fournisse des photos ? Est-ce qu’il faut qu’on vous envoit les personnes qui ont été refusées car elles ne correspondaient pas aux stéréotypes attendus par ces équipes pour être classées comme vraiEs trans ? Faut faire quoi pour être entendu quand on est trans?

Passer un diplôme de médecine ou de psychologie/sociologie et être cis ?

Vous me foutez vraiment la gerbe.

LA RÉACTION DE CONTACT NATIONAL

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Alors qu’est ce qui se passe a l’intérieur d’une asso, si une section part en vrille et si au niveau national on ne peut rien y faire ? N’ y a-t-il pas un socle de base déontologique commun à toutes les sections ? Des valeurs partagées ?

Est-ce que c’est parce que l’intégration des questions trans est une mission assez récente de Contact que ça déconne ? Est-ce que si Contact IDF décide d’inviter la manif pour tous, Contact national ne pourra rien y faire ?

La parution de ces excuses par communiqué de presse étant déjà un miracle en soi (je crois que c’est du jamais vu) , peut on maintenant espérer une suite , une poursuite de réflexion pour que cela puisse ne jamais se répéter ?

 

POURQUOI , PLUS LOIN QUE LA SIMPLE ANNULATION, NOUS ATTENDONS DES EXCUSES OFFICIELLES ET PUBLIQUES ?  

De la part de Contact IDF, et de la part de toutes les autres asso ou collectifs en général qui se rendraient finalement compte qu’ils ont merdé, on ne peut plus se contenter d’un simple effacement de l’annonce, ou de la partie problématique du contenu, ou même de quelques justifications vaseuses entre deux portes, en privé et donc qui ne laissent aucune trace.

Tout d’abord parce que c’est vraiment nous prendre pour des imbéciles de penser que ça suffit, c’est une insulte de croire qu’ après ça, on pourra continuer de dialoguer avec vous comme si de rien n’ était. Vous voulez minimiser votre « erreur »? Vous ne faîtes que vous enfoncer.

Nous avons besoin que l’annulation soit officielle pour être sûrEs que vous ne ferez pas cette soirée en scred, et nous exigeons des excuses publiques afin que la même situation ne se répète d’ici 1 an , 5 ou même 10. Sans ça, il n’y a pas de réflexion pour vous qui se transmette sur comment ne pas reproduire cette « erreur » à l’avenir avec un autre bureau et d’autres membres, ni de preuve pour nous qui puisse rester dans nos archives communautaires (même si actuellement plutôt minces) que vous soyez dans une véritable démarche de compréhension des principales problématiques que peuvent rencontrer les personnes trans.

Pour l’instant votre conduite me fait plutôt penser que vous boudez. Question prise de responsabilité, c’est plutôt le niveau zéro.

(Cette partie a été écrite avant la parution du communiqué pourri de contact idf, alors que je m’attendais à un silence assourdissant de leur part, mais non ils ont fait pire!)

LE GRAND CLASSIQUE DE LA RÉPONSE VICTIMISANTE OU L’INDÉCENCE A SON COMBLE.

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J’ai l’impression d’avoir lu ça des centaines de fois: « Nous ne nous sommes pas trompés, on a été maladroit mais dans le fond c’est vous qui avez mal compris » !!! Et je rajoute une couche d’insultes. Donc là c’est clair on est des abrutiEs pour contact idf qui a apparemment un problème d’ego associatif !

Donc on vous parle de nos vies, de la maltraitance médicale et de la transphobie qui on vous le rappelle TUE, et vous avez le toupet de vous poser comme victimes de l’incompréhension générale ? Vraiment, encore une fois que de méchanceté envers vous, ça doit être tellement difficile à vivre!

J’ai bien aimé aussi la partie « on est pas transphobes parce qu’on vient à l’existrans et qu’on fait des pancartes à la pride » et aussi « on a fait un travail de fond pendant un an (!!!)  » Est-ce que ça veut dire qu’il est fini? C’est court un an pour un travail de fond, non?Et apparemment bah vous vous êtes loupés, faudrait voir a tout recommencer , le problème là, c’est que je ne suis pas sûr qu’une asso ait envie de vous revoir.

Et le meilleur est encore la fin quand ils regrettent une mauvaise lecture de cet événement, ah mais vraiment, en plus on lit mal parce qu’on est stupides quoi.

C’est sûr quand on fait venir les gens pour les faire intervenir et qu’on les présente comme des spécialistes, en rien on ne les légitime, et il n’ y a pas trace de collaboration là-dedans! VOUS ETES SERIEUX LA???

J’espère qu’un jour, votre suffisance et votre indécence finiront par vous étouffer.

J’ai honte pour vous.

ALORS QUE FAIRE (en attendant ce jour)?

Si vous désirez faire quelque chose de concret, n’ hésitez pas à interpeller directement Contact Paris Ile-de-France via leur  FB ou par mail à idf@asso-contact.org , par téléphone au 01 44 54 04 70 , et/ou en vous rendant à leur local parisien, mais bon, n’attendez pas le 28, y’a vraiment pas de raison, allez y n’ importe quel jour, peut être à plusieurs même…Vous pouvez complètement aussi les apostropher si jamais ils se pointent à l’Existrans (parce que visiblement ils n’ont peur de rien).

Vous pouvez aussi demander ce qu’ il en est de l’avis de l’Inter LGBT vis-à-vis de la démarche d’une de ses associations membres, curieusement, on ne les a pas beaucoup entendu. Il serait plus que temps aussi pour elles et eux aussi de prendre leurs responsabilités. 

 

 

 

 

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De FACING MIRRORS à UNE FEMME IRANIENNE, l’exemple même de l’invisibilisation progressive des trans masculins dans le cinéma « LGBT »

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FACING MIRRORS (Aynehaye Rooberoo) est un très beau film iranien de 2011 de la réalisatrice Negar Azarbayjani qui raconte l’histoire, qui se situe dans l’Iran actuel, d’une rencontre et d’une amitié entre une mère et épouse « traditionnelle » qui se retrouve forcée de conduire un taxi pour rembourser la dette qui a envoyé son mari en prison, et Eddie, un garçon trans qui attend désespérément son passeport pour quitter le pays.

En France, ce film est passé de festival LGBT en Festival LGBT, en obtenant en 2012 le Grand Prix du Festival Chéries-Chéris et en étant diffusé par un distributeur à but non lucratif « The Film collaborative ».

Et c’est ainsi que j’ai pu le voir en 2013 lors du Festival Face à Face de St Etienne.

Or pendant la séance, j’ai sursauté sur mon siège plusieurs fois quand j’ai constaté à de multiples reprises des problèmes de genrage dans les sous-titres en français. J’avais attendu avec impatience de voir ce film et en sortant, je me souviens m’être fait la réflexion que ces erreurs m’avaient un peu gâché la projection. J’ai alors décidé de me renseigner sur la façon dont ces sous-titres avaient été réalisés, et après un échange de mails, j’ai appris qu’un festival de la région PACA avait sous-traité une boîte de traduction (pas LGBT donc). Ayant obtenu le mail de la traductrice, j’ai fait preuve d’extrêmement de diplomatie et de pédagogie (si,si quand je me concentre fort, je peux), pour lui signifier que dans le contexte du film, il n’était pas possible de traduire de l’anglais vers le français un neutre vers un féminin, par exemple quand Eddie avoue à Rana « I’m a transsexual » (qui est quand même un moment important dans le film) il est insupportable de lire à l’écran « Je suis une transsexuelle ».

Bien sûr, la traductrice m’a pris de haut et m’a envoyé bouler poliment mais froidement et avec mépris (qui étais-je pour lui donner des conseils sur son travail?).

(page 8/17 du script)

Alors bon ça m’a énervé mais on peut pas dire que ça m’a surpris plus que ça venant d’une personne hors milieu qui ne s’est juste pas donné la peine de se renseigner pour faire son boulot, après tout c’est ce que font la plupart des « journalistes » dès qu’ils parlent des trans.

Par contre au niveau des festivals LGBT, à priori, personne ne s’est posé de question jusque là. En même temps, doit-on s’attendre à plus d’attention et d’implication de la part de festivals qui se disent LGB « T » et qui arrivent à s’embrouiller entre les termes MtF et FtM dans leur programmation.

Mais sur comment on prend au départ un film bien pour le dénaturer et aussi au passage invisibiliser sa thématique principale pour des raisons toujours inconnues à ce jour, le meilleur reste à venir avec la sortie nationale du film le 13 mai prochain, « grâce », nous dit le festival Écrans Mixtes de Lyon (séance du 9 mars 2015), au distributeur OUTPLAY.

cache_2454691361Seulement voilà, le film a changé de nom, dorénavant ce sera « Une femme iranienne ».

POURQUOI ?

On se sait pas. J’ai tenté de poser la question à Outplay (bon ok j’étais moyennement gentil, mais quand même pas insultant) via son FB, son site, et finalement son directeur Thibaut Fougères (également co-fondateur et programmateur pour ce nouveau  festival « de quartier » mais surtout pas LGBT qu’est le «Marais Film Festival », voir article de Yagg )

Celui-ci m’a sympathiquement répondu il y a une semaine, qu’il n’avait pas le temps il avait piscine

(enfin presque, j’exagère, il était en sortie ciné, j’espère que d’ailleurs depuis il est sorti parce que je suis pas sûr que ça soit génial pour la santé de s’alimenter de pop-corn pendant une semaine).

thibautfougèresAlors oui je m’interroge sur Outplay, je m’interroge également sur le fait qu’ une boîte distribuant un film aussi bien et queer que Something Must Break répertorie sur son site les films en deux catégories (qui a dit binaire?) « côté filles » et « côté garçons ». Des fois je me demande si les réalisatrices/ réalisateurs sont au courant et j’aimerais qu’on leur demande aussi leur avis, mais bon peut-être que je suis un extrémiste du respect du cinéma, je sais pas.

MAIS POURQUOI EST-CE SI IMPORTANT ?

Alors je vais me fendre encore une fois d’une tentative d’explication pour dire ce qui me paraît évident (et bon sang ça m’énerve de devoir le faire).

Parce que de passer du titre Facing Mirrors qui est une bonne traduction du titre original à Une femme iranienne qui invisibilise totalement le personnage trans masculin, alors bien sûr cette « femme » du titre est Rana (enfin j’espère), mais focaliser sur elle avec ce titre revient à effacer Eddie de l’histoire, à signifier par le vide qu’il est quantité négligeable. Et ce n’est pas ce que raconte ce film, ce n’est pas la vie de Rana qui est le sujet central, mais bien cette rencontre et cette amitié, ce voyage à deux qui se reflète dans le titre original.

Or l’invisibilisation c’est bien spécifiquement la manière dont les trans dans un spectre masculin (Ft*, FtM) sont discriminés. Tous les jours, au quotidien, nous recevons des messages de notre entourage, des médias, des médecins, des administrations, des politiques, des gays et des lesbiennes cis, qui nous signifient que nous sommes une quantité négligeable ou que nous n’existons pas. Alors parfois ce n’est pas flagrant, ce ne sont que des « petites erreurs » aux yeux des autres, (souvent de prénom, de pronom, de vocabulaire) des oublis, des silences… mais vous savez quoi ? C’est ça qui tue. C’est ça qui nous écrase jour après jour, qui rentre insidieusement dans la tête d’un enfant trans (ou d’un adulte) pour lui faire comprendre qu’on ne le reconnaîtra jamais comme important, qu’il est sûrement fou et qu’il doit renoncer à être lui-même dans cette société, voire dans cette vie.

Il y a très peu de films avec un trans masculin comme personnage principal, on peut les compter sur les doigts d’une main, mais on trouve toujours Boys Don’t Cry classé sur certains sites « LGBT » dans la catégorie lesbienne et ça ne choque que nous j’ai l’impression. Bien je pense qu’il est temps qu’on ne laisse plus rien passer, qu’on arrête d’être gentil, et qu’on s’arrête sur ces « détails » qui mis à la suite les uns des autres nous pourrissent la vie, il est temps d’exiger des gays, des lesbiennes et des bi(e) cis qu’ils/elles prennent leurs responsabilités si ils/elles veulent continuer à arborer le sigle LGBT sans problème.

Si vous désirez imprimer ce texte et par exemple le distribuer durant les festivals diffusant Facing Mirrors sous le titre Une femme iranienne, comme par exemple le lundi 9 mars à 20H au cinéma le coemédia à Lyon dans le cadre de ECRANS MIXTES, n’hésitez pas !

A télécharger ici !

De la violence (physique)

C’est un gros sujet pour moi. Je suis pas sûr de maîtriser les enjeux politiques et tout ça… mais bon je me lançe.

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Mes parents m’ont toujours dit : « Ne reponds pas ».

C’était à toutes les sauces, un reproche, une remarque, une explication… c’était super mal venu de répondre.

Parce que j’étais perçu comme une fille? Oui sûrement, oui peut être, ou juste un enfant qui ne doit pas rentrer dans un débat avec ses parents.

Résultat, on a jamais vraiment réussis avoir une quelconque discussion, tout était faussé par cette règle immuable.

Même encore maintenant j’y arrive pas.

J’ai fait du basket féminin de mes 8 ans à mes 16 ans et croyez moi, c’etait pas tendre, les coups pleuvaient.

Et puis j’ai eu 18 ans un jour et j’ai connu le milieu lesbien d’un bar de province, ou la plupart des personnes évoluants dans ce milieu avait le double de mon âge.

La plupart des soirées se finissaient mal, bien souvent à l’hôpital, ou les lesbiennes infirmières assuraient le suivi des histoires et des gossips ( C’est grâce à l’une d’entre elle une fois que j’ai appris que ma mère avait été hospitalisée, alors qu’elle n’avait pas pris la peine de me l’apprendre).

Bref.

Moi j’étais vraiment dans ma période Gandhi, j’avais lu les bouquins, j’avais vu le film, et je croyais grave qu’en ne réagissant pas face à la violence, je pouvais changer les choses. Du coup, j’avais eu quelques conflits, ou je m’étais laissé frappé en attendant que ça s’arrête, en pensant vraiment que jouer le jeu de la violence, c’était rentrer dans un jeu que je n’acceptais pas, et qu’en refusant d’y jouer je le désamorçais.

Mais avec un peu de recul, je m’aperçois que je suis incapable de me défendre physiquement, que même si j’essaye de participer a des ateliers d’auto-défense verbale (enfin un), je ne serais pas plus capable d’amorcer un geste physique, qu’on me renvoit régulièrement que les trans FT* et FTM sont des gentils et c’est pour ça qu’on les aime…

Que la dernière fois ou j’aurais aimé frappé quelqu’un, il a désamorcé le truc en me renvoyant mon statut de trans dans la gueule, que la testo et ses effets agressifs c’était bon et puis que je n’avais pas besoin de ça pour « surjouer la virilité » qu’il fallait que j’arrête d’être menaçant parce que a ce que j’ai compris ce n’était pas ma place, ce n’était pas mon rôle.

J’en peux plus des personnes qui me disent de garder mon calme, que ça ne sert a rien, qu’en répliquant on ne fait que jouer leur jeu. Accorde moi le crédit de s’avoir ce que je fais. Si je peux rentrer chez moi avec l’idée défoulante d’avoir pu taper un connard, c’est vraiment pas si mal en fait. Ouais des fois ça sert a rien, des fois ça fait juste du bien, mais vraiment c’est pas si mal.

Je me dis juste que le prochain , il prendra pour tous les autres.

Et j’espère que mes amiEs présentEs ne me diront pas de me retenir.

Etre unE bonNE alliéE

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C’est bientôt l’Existrans, la marche des trans, des intersexes et de leur alliéEs et tu te demandes (si tu n’es pas trans et pas intersexe) si tu te considères comme unE bonNE alliéE, et bien tu sais quoi?

Si tu es capable de ne pas parler à notre place, tu peux le faire!

Je vais sortir de moi-même pendant 5 minutes et faire des efforts de pédagogie que normalement je ne devrais pas faire, parce qu’il me semble que tu devrais avoir compris ça depuis fort longtemps.

1) EDUQUE TOI

Ce qui veut dire que je n’ai rien a t’expliquer, que tu peux le faire toutE seulE et que je ne te dois rien.

(c’est bon y’a internet maintenant et si tu comprends pas que les trans sont mieux placéEs que les autres pour parler de leur vécus et de leurs revendications, abandonne tout de suite et maintenant)

2) FERME TA GUEULE

Ouais c’est vrai je pourrais être plus diplomate, mais je ne le suis pas. Et j’ai le droit aussi.

Ce qui veut dire que

a) dans une situation ou des trans sont présents, ne prends pas la parole pour parler de trans

b) dans une situation ou des trans sont absents (entre cis, enfin tu présupposes) bottes en touche et rappelle que personne n’est légitime pour parler en leurs noms. Il y’ a maintenant suffisamment d asso et de collectifs pour pouvoir se passer de ton avis de cis.

(toi même tu sais que les arguments type : « je connais suffisamment de trans, je suis sortie avec des trans/un trans » ne sont pas des arguments légitimes)

3) OUI, TU AS DES QUESTIONS, mais j’en ai rien a foutre.

Eduque toi, par des liens, des textes,des rencontres, des conférences, mais ne vient pas me les poser, car tu présupposerais que je suis là pour y répondre et ce n’est pas le but de ma vie tu vois.

4) OUI DES FOIS ON AIME QUE NOS AMIES CIS NOUS SOUTIENNENT et viennent a l’Existrans par exemple, ou juste soient là, pas loin, et c’est cool, on les aime grave parce qu’ils ou elles nous montrent du soutien,  mais on sait qu’ils ou elles ne diront pas un truc du genre « on est tous un peu trans tu sais », parce que ce n’est pas vrai.

5) DIRE QU’ON EST LGBTQI ou transpédégouine (attaché et c’est voulu), non ce n’est pas suffisant pour prendre la parole (spéciale dédicace)

Ce que tu entends par ta communauté, ce n’est pas obligatoirement ce que j’entends par la mienne. Et de plus les combats sont spécifiques, si tu refuses de le reconnaître, je pense que tu as un problème dans ta façon d’être en politique.

6) Est-ce que tu as remarqué que cet article s’applique a pas mal de luttes?

« Fin de transition »

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Depuis mon changement d’état civil, on m’a beaucoup renvoyé le fait que j’avais fini ma transition, que c’était bon, que j’allais être tranquille, que tout allait être simple maintenant pour moi.

Je suppose que moi aussi, depuis des années, j’avais fini par me le dire, je m’étais tellement concentré sur ce que je voulais, une voix basse, un torse, une barbe, des papiers au bon prénom, des personnes autour de moi qui ne remettent pas en cause mon identité. Je me fixais des buts clairs et tout était déjà compliqué pour les atteindre.

Je me disais qu’après, on ne se tromperait plus en s’adressant à moi, que chaque aller et retour dans une administration ne me coûterait plus, que mes relations sexuelles et amoureuses seraient plus simples parce que je serais en paix avec moi-même.

Attention, je sais parfaitement le privilège que j’ai en tant que trans d’avoir eu mon changement d’état civil sans hystérectomie de façon aussi simple et rapide, alors que dans d’autres villes de France et d’autres pays, des trans se suicident encore ou se font agresser ou tuer. Je n’oublie pas.

C’est juste que tout ne s’est pas résolu comme par magie avec une carte d’identité qui me ressemble un peu plus.

Je n’ai jamais vraiment cru non plus qu’il y’ avait un début très net et une fin définitive avec, comme certaines personnes semblent le penser, des étapes obligatoires dans un ordre très strict.

Concrètement , état des lieux:

Médical:

Je fais mes injections tous les 18 jours en ce moment, je n’ai aucun problème a les faire moi-même, j’aime plutôt ça, ce petit rituel, je n’ai jamais mal.

Je suis un peu en retard sur mes examens sanguins mais j’essaye de les faire tous les 6 mois.

Je déteste ça, mais m’oblige a faire une échographie externe tous les ans. Surtout depuis qu’on me répète de tous les côtés, (une information qui n’a l’air de venir de nulle part) qu’ au bout de 5 ans de testo sans hysté, les risques de cancer aux ovaires sont super élevés. 5 ans, ça sera l’année prochaine, on verra bien.

Je ne pense à aucune autre opération chirurgicale.

Je ne peux toujours pas aller voir une gynéco, (oui c’est mal), mais c’est comme ça. Et il ou elle pourrait être aussi transfriendly que possible que je n’irais toujours pas.

J’ai réalisé dernièrement que je n’avais plus aucune angoisse quand je vais chez le/la généraliste ou l’ endoc ou n’importe quelLE professionnelLE médicale. Pourquoi? Parce que je n’y crois plus du tout, que ce sont tous et toutes des idiotEs pour moi, qu’au mieux ielles seront sympa mais incompétentEs, qu’il n’y a AUCUNE autre personne spécialiste de ma transition ou de mon corps que moi, et qu’à partir du moment où ils ou elles ne font pas preuve d’humilité sur ce sujet (ce qui n’arrive jamais), il n’y aura pas de relation de confiance entre nous. Je pense de toute façon, avec les renseignements que j’ai pu trouvé et les échanges avec les autres trans, que j’en sais plus qu’eux/elles, en tout cas sur ce qui touche à ma transition.

Familiale (famille de sang):

Bon là c’est le bordel non-autogéré (parce qu’un bordel auto-géré ça peut être cool), j’avais pensé à un moment que y’ avait une sorte de progrès même minime, mais je vois bien que non. Mon père évite de me nommer et quand il le fait il se plante.

Ma mère essaye une fois sur deux, mais quand je la reprend elle rigole alors que je fais la gueule. De plus je les ai entendu parler de moi entre eux, tout était au féminin donc je ne vois pas comment ça peut s’arranger.

Récemment ma mère a fait allusion a la sexualité présupposée d’une personne en parlant de « mon équipe » (trad: lesbienne aux cheveux courts) et elle m’a aussi demandé si j’avais une copine, ce qui m’a fait me demander ou j’en étais de mes coming out.

Je crois que je n’ai pas l’ energie pour y aller plus d’une fois par an et encore que quelques heures.

Je lui ai demandé il y’ a une semaine d’aller faire changer le livret de famille à la mairie sous prétexte que c’était une obligation légale, mais en vrai c’était surtout pour la faire chier.

On peut pas dire qu’il y’ a d’autres membres de ma famille à qui je parle, donc voilà.

Travail:

J’ai arrêté ma formation, trop de trucs a supporter au quotidien (décrits dans d’autres articles), les soucis perso accumulés ont faits que je ne pouvais pas continuer.

Je vais bientôt être au RSA / ASS. Je sais que je pourrais postuler pour d’autres emplois, mais je me pose des questions sur le fait d’être vraiment quelqu’un d’assez stable pour pouvoir m’occuper d’autres personnes dans leur quotidien ( ADV ), et les interactions réelles (non-virtuelles) avec des inconnuEs me posent de plus en plus de difficultés.

AmiEs/Amours:

Je ne vais pas m’étendre là, parce que voilà, c’est pas mon genre sur internet. Mais les choses ne sont pas vraiment plus simples. Certains problèmes que j’avais avant ma transition ne se sont pas résolus, au contraire, c’est comme si ils prenaient l’espace maintenant. Plus les blessures qui se sont accumulées en rapport avec la transphobie qui m’ont rendu plus méfiant, plus cynique. La bonne chose étant que je fais le tri maintenant, que j’apprends a dire « non, ça ne me convient pas », que oui ça me rend pas très aimable, et plutôt grognon et cynique, mais je prends du recul avec le fait de vouloir être aimé de n’importe qui et d’être validé par n’importe qui. Evidemment c’est plus dur avec les proches, et de temps en temps, je disparais juste parce qu’on ne peut pas être courageux tout le temps.

Alcool:

Ce n’est pas fini, et ça ne le sera peut être jamais. Mais je prends du recul a chaque fois que j’arrête de boire et je sais que je peux être fort.

Administratif:

Malgré le fait que j’ai envoyé mon compte-rendu de jugement et mon extrait d’acte de naissance modifié a à peu près toutes les instances et ça depuis des mois, je continue a recevoir des courriers a mon ancien prénom, et aussi des trucs genre « Mr Nomdefamille Prénom Féminin » , il faut aussi toujours fournir le jugement pour des papiers qui remontent aux années précédentes pour maintenant justifier que la personne nommée avant c’est bien moi maintenant.

Mentir à propos de son CV…

Finalement, je ne peux pas dissocier ma transition et ce que je suis maintenant, ce que je vis. Je n’ai pas l’impression d’avoir arrêté de réfléchir à ça, ni à qui je veux être. Je n’ai en aucun cas l’impression d’avoir achevé quelque chose, comme je n’ai pas senti avoir commencé a y réfléchir, vu que c’était là avant, sous-jacent, depuis combien de temps je ne sais pas.

En tout cas, si par « fin de transition » on entend une affirmation sociale, je n’ai pas encore l’impression que je touche du doigt ce que moi j’y entend.

Bienvenu chez les « Hommes » 2ème partie.

3928584-briques-de-verreComme je l’ai dit un peu avant, je n’ai pas à me plaindre car les formateurs de mon organisme de formation ont décidé très vite de garder pour eux le fait que je sois trans et de mettre au maximum les papiers internes a mon prénom masculin, bien avant que j’ai eu mon changement d’état civil.

Un jour, remplis de bonnes intentions, ils ont tenté l’exercice d’une sorte d’atelier basique sur les stéréotypes, plutôt axés sur les préjugés racistes que chacun pouvait avoir.

C’était une sorte de questionnaire auquel il fallait répondre rapidement sans réfléchir (bah oui parce que sinon hein…) avec des phrases à compléter telles que:

« _ Les chinois aiment…, les marocains sont…, les africains font… »

Enfin vous voyez quoi.

Puis s’en ai suivi une discussion assez superficielle ou chacun y allait de sa plus belle blague bien lourde pour faire rire toute la classe.

Arrivés au « les thaïlandais ont… » j’avais même pas vu venir le truc venir que hop, c’était parti pour les blagues transphobes.

Et là, intervention du formateur: « Ah mais attendez, on parle pas mal de la question du genre en ce moment (si si je vous jure c’est exactement la formule qu’il a utilisé) qu’est ce que vous en pensez vous? »

Alors je sais pas vraiment ce qu’il a voulu faire, mais c’est devenu très vite un festival de l’horreur pour moi et je me suis senti réellement m’enfoncer dans ma chaise. Je veux dire, je m’en doutais bien de ce qu’ils en pensaient, mais entendre un tel déferlement de conneries pendant un quart d’heure je m’en serais passé. La seule surprise a été mon voisin de gauche qui a mentionné le fait qu’il pouvait y avoir des femmes transsexuelles ( comprendre des FTM) mais que bon faire des bites ça devait pas être possible. Là, j’ai pas pu m’empêcher de lui dire que si, et il s’est mis a cracher par terre en disant que c’était dégeulasse.

A cet instant le formateur a du se sentir légèrement dépassé par la situation et a juste changé de sujet.