« Fin de transition »

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Depuis mon changement d’état civil, on m’a beaucoup renvoyé le fait que j’avais fini ma transition, que c’était bon, que j’allais être tranquille, que tout allait être simple maintenant pour moi.

Je suppose que moi aussi, depuis des années, j’avais fini par me le dire, je m’étais tellement concentré sur ce que je voulais, une voix basse, un torse, une barbe, des papiers au bon prénom, des personnes autour de moi qui ne remettent pas en cause mon identité. Je me fixais des buts clairs et tout était déjà compliqué pour les atteindre.

Je me disais qu’après, on ne se tromperait plus en s’adressant à moi, que chaque aller et retour dans une administration ne me coûterait plus, que mes relations sexuelles et amoureuses seraient plus simples parce que je serais en paix avec moi-même.

Attention, je sais parfaitement le privilège que j’ai en tant que trans d’avoir eu mon changement d’état civil sans hystérectomie de façon aussi simple et rapide, alors que dans d’autres villes de France et d’autres pays, des trans se suicident encore ou se font agresser ou tuer. Je n’oublie pas.

C’est juste que tout ne s’est pas résolu comme par magie avec une carte d’identité qui me ressemble un peu plus.

Je n’ai jamais vraiment cru non plus qu’il y’ avait un début très net et une fin définitive avec, comme certaines personnes semblent le penser, des étapes obligatoires dans un ordre très strict.

Concrètement , état des lieux:

Médical:

Je fais mes injections tous les 18 jours en ce moment, je n’ai aucun problème a les faire moi-même, j’aime plutôt ça, ce petit rituel, je n’ai jamais mal.

Je suis un peu en retard sur mes examens sanguins mais j’essaye de les faire tous les 6 mois.

Je déteste ça, mais m’oblige a faire une échographie externe tous les ans. Surtout depuis qu’on me répète de tous les côtés, (une information qui n’a l’air de venir de nulle part) qu’ au bout de 5 ans de testo sans hysté, les risques de cancer aux ovaires sont super élevés. 5 ans, ça sera l’année prochaine, on verra bien.

Je ne pense à aucune autre opération chirurgicale.

Je ne peux toujours pas aller voir une gynéco, (oui c’est mal), mais c’est comme ça. Et il ou elle pourrait être aussi transfriendly que possible que je n’irais toujours pas.

J’ai réalisé dernièrement que je n’avais plus aucune angoisse quand je vais chez le/la généraliste ou l’ endoc ou n’importe quelLE professionnelLE médicale. Pourquoi? Parce que je n’y crois plus du tout, que ce sont tous et toutes des idiotEs pour moi, qu’au mieux ielles seront sympa mais incompétentEs, qu’il n’y a AUCUNE autre personne spécialiste de ma transition ou de mon corps que moi, et qu’à partir du moment où ils ou elles ne font pas preuve d’humilité sur ce sujet (ce qui n’arrive jamais), il n’y aura pas de relation de confiance entre nous. Je pense de toute façon, avec les renseignements que j’ai pu trouvé et les échanges avec les autres trans, que j’en sais plus qu’eux/elles, en tout cas sur ce qui touche à ma transition.

Familiale (famille de sang):

Bon là c’est le bordel non-autogéré (parce qu’un bordel auto-géré ça peut être cool), j’avais pensé à un moment que y’ avait une sorte de progrès même minime, mais je vois bien que non. Mon père évite de me nommer et quand il le fait il se plante.

Ma mère essaye une fois sur deux, mais quand je la reprend elle rigole alors que je fais la gueule. De plus je les ai entendu parler de moi entre eux, tout était au féminin donc je ne vois pas comment ça peut s’arranger.

Récemment ma mère a fait allusion a la sexualité présupposée d’une personne en parlant de « mon équipe » (trad: lesbienne aux cheveux courts) et elle m’a aussi demandé si j’avais une copine, ce qui m’a fait me demander ou j’en étais de mes coming out.

Je crois que je n’ai pas l’ energie pour y aller plus d’une fois par an et encore que quelques heures.

Je lui ai demandé il y’ a une semaine d’aller faire changer le livret de famille à la mairie sous prétexte que c’était une obligation légale, mais en vrai c’était surtout pour la faire chier.

On peut pas dire qu’il y’ a d’autres membres de ma famille à qui je parle, donc voilà.

Travail:

J’ai arrêté ma formation, trop de trucs a supporter au quotidien (décrits dans d’autres articles), les soucis perso accumulés ont faits que je ne pouvais pas continuer.

Je vais bientôt être au RSA / ASS. Je sais que je pourrais postuler pour d’autres emplois, mais je me pose des questions sur le fait d’être vraiment quelqu’un d’assez stable pour pouvoir m’occuper d’autres personnes dans leur quotidien ( ADV ), et les interactions réelles (non-virtuelles) avec des inconnuEs me posent de plus en plus de difficultés.

AmiEs/Amours:

Je ne vais pas m’étendre là, parce que voilà, c’est pas mon genre sur internet. Mais les choses ne sont pas vraiment plus simples. Certains problèmes que j’avais avant ma transition ne se sont pas résolus, au contraire, c’est comme si ils prenaient l’espace maintenant. Plus les blessures qui se sont accumulées en rapport avec la transphobie qui m’ont rendu plus méfiant, plus cynique. La bonne chose étant que je fais le tri maintenant, que j’apprends a dire « non, ça ne me convient pas », que oui ça me rend pas très aimable, et plutôt grognon et cynique, mais je prends du recul avec le fait de vouloir être aimé de n’importe qui et d’être validé par n’importe qui. Evidemment c’est plus dur avec les proches, et de temps en temps, je disparais juste parce qu’on ne peut pas être courageux tout le temps.

Alcool:

Ce n’est pas fini, et ça ne le sera peut être jamais. Mais je prends du recul a chaque fois que j’arrête de boire et je sais que je peux être fort.

Administratif:

Malgré le fait que j’ai envoyé mon compte-rendu de jugement et mon extrait d’acte de naissance modifié a à peu près toutes les instances et ça depuis des mois, je continue a recevoir des courriers a mon ancien prénom, et aussi des trucs genre « Mr Nomdefamille Prénom Féminin » , il faut aussi toujours fournir le jugement pour des papiers qui remontent aux années précédentes pour maintenant justifier que la personne nommée avant c’est bien moi maintenant.

Mentir à propos de son CV…

Finalement, je ne peux pas dissocier ma transition et ce que je suis maintenant, ce que je vis. Je n’ai pas l’impression d’avoir arrêté de réfléchir à ça, ni à qui je veux être. Je n’ai en aucun cas l’impression d’avoir achevé quelque chose, comme je n’ai pas senti avoir commencé a y réfléchir, vu que c’était là avant, sous-jacent, depuis combien de temps je ne sais pas.

En tout cas, si par « fin de transition » on entend une affirmation sociale, je n’ai pas encore l’impression que je touche du doigt ce que moi j’y entend.

Aidez une femme trans à fuir son pays pour survivre

English version below / Deutsch weiter unten / Español abajo

Nous sommes actuellement à la recherche de soutien financier pour une femme trans qui tente de quitter son pays suite à des persécutions transphobes. Un traitement d’hormones mâles et des électrochocs lui ont été administrés de force par sa famille, elle a été harcelée sexuellement et frappée par des personnes qui connaissaient son identité. Elle est actuellement menacée d’être renvoyée dans son pays où elle risque la prison ou la peine de mort.
Nous ne pouvons en dire plus pour des raisons de sécurité. Nous pourrons donner davantage d’informations dans les semaines à venir lorsque la vie de la jeune femme ne sera plus en danger. Elle essaye en ce moment de rejoindre un pays où elle obtiendra l’asile politique et sera en sécurité.
Pour cela, nous avons besoin urgemment de lever des fonds pour couvrir les dépenses nécessaires à la fuite de cette jeune femme. Le moindre don sera utile. Les besoins s’élèvent environ à 2000€ ou 3000€.

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ENGLISH

We are currently looking for financial help for a trans woman trying to flee her country because of transphobic persecution. A male hormones treatment was forced upon her by her familly, she was sexually harassed and hit by people who knew about her identity. She is right now threatened to be sent back to her country where she risks a prison or death penalty.
We currently can’t say much more for safety reasons, but we will be able to do so in a few weeks when her life will no longer be endangered. She is trying to reach a country where she can be safe and get political asylum.
For this, we have the most urgent need of fundraisin to cover the necessary expenses for this young woman’s flight. Every penny counts. The approximated cost is around €2000 and € 3000.

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DEUTSCH

Wir sind eine Gruppe von Einzelpersonen, bestehend aus /weißen/ und POC aus verschiedenen Ländern, die sich als Bündnis solidarisch zeigen wollen.

Wir sind auf der Suche nach finanzieller Unterstützung für eine Trans*Frau, die ihr Land wegen transphober Verfolgung dringend verlassen muss. Eine Zwangsbehandlung mit männlichen Hormonen wurde bei ihr durchgeführt, sie wurde sexuell missbraucht und von Menschen geschlagen, die von ihr wussten. Im Augenblick ist sie der Gefahr ausgesetzt, in ihr Land zurück geschickt zu werden, wo sie im Gefängnis landen und/oder höchstwahrscheinlich zum Tode verurteilt werden würde. Momentan können wir aus Sicherheitsgründen keine weiteren Details erzählen, aber sobald ihr Leben nicht mehr gefährdet ist, werden wir genauer darüber berichten. Nun versucht sie, in ein Land zu flüchten, wo sie in Sicherheit leben und politisches Asyl erhalten kann.

Dafür brauchen wir dringend Geld, um die Kosten, die während der Flucht entstehen, zu decken. Jeder Cent zählt. Die Kosten werden sich voraussichtlich auf € 2000 bis € 3000 belaufen. 

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ESPAÑOL

En estos momentos estamos buscando ayuda económica para una mujer trans
que está intentando dejar su país donde sufre una persecución tránsfoba.
Su familia la forzó a tomar hormonas masculinas, y gente que sabía de su
identidad la acosó sexualmente y golpeó. Ahora se enfrenta a la amenaza de
ser enviada de vuelta a su país, donde se arriesga a ir a prisión o ser
condenada a pena de muerte. Ahora mismo no podemos dar mucha información
por cuestiones de seguridad, pero podremos hacerlo en unas semanas, cuando
su vida ya no esté en riesgo. Necesita llegar a un país donde esté segura
y pueda pedir asilo político.
Por eso, es urgente conseguir el dinero para cubrir los gastos del viaje.
Cualquier ayuda es bienvenida. El coste aproximado esta alrededor de los
2.000 o 3.000 euros.
Muchas gracias.

 

http://www.youcaring.com/other/aidez-une-femme-trans-fuir-son-pays-pour-survivre-/80665

Evacuation (2eme partie).

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(les gens qui me connaissent, savent que l’image d’un oeil est l’illustration pour moi d’une peur incontrôlable).

 

J’ai essayé jusqu’a 16h42 de tenir, en ne pensant pas trop.

J’avais déjà l’envie d’alcool mais en sourdine, comme tout ce que je ressentais et que j’essayais d’éteindre.

Je me suis précipité vers le bus à l’heure de partir, en pensant que c’était assez pour une journée, 5 ou 6 de mes collègues sont montés dans le même bus, il était bondé.

Les contrôleurs sont montés à l’arrêt suivant, je n’avais pas de ticket.

Donc quand on a pas de ticket, on reçoit une amende, bien sûr pour cela il faut une pièce d’identité. Hors il se trouve que ma carte d’identité à mon nouvel état civil est actuellement en attente (d’habitude il faut 1 mois maxi, mais là y’a un bug, je vais peut être attendre le double) et je n’ai pas sur moi mon permis de conduire, de toute façon vu la photo de 96 et le prénom, je suis pas sûr de l’effet produit.

Bref mes collègues se font alignés aussi, ils sont autour de moi et la pression monte.

Je dis au contrôleur que je n’ai pas de pièce d’identité et il me prend de haut. Il me demande super fort une pièce quelconque. Pris dans une panique irréfléchie, j’esquisse le geste de sortir mon portefeuille de mon blouson, mais je me souviens à temps que toutes mes cartes sont à mon ancien état civil.

Je dis : »à temps » parce que d’expérience, quand on sort une attest qui ne correspond  pas bien à ce que les gens attendent y’a toujours une réaction qui, même si elle est bonne, n’est jamais très discrète (ou rarement).

Là, le contrôleur me demande une preuve de ma domiciliation qu’elle quelle soit et c’est juste impossible pour moi de sortir les papiers au féminin que j’ai sur moi. Je regarde du coin de l’oeil mes collègues et je commence à avoir des sueurs froides, je panique complètement. Je lui dis à voix basse que si nous sortons de suite je lui expliquerais tout. Il refuse et hurle a son collègue de l’autre côté du bus que je pause problème et que je suis dans un refus mystérieux de fournir une preuve de mon identité.

Je panique complétement avec les  tremblements et tous les symptômes visibles et imaginables qu’on puisse avoir, j’essaye de tenir a distance les larmes.

Finalement le deuxième contrôleur accepte de descendre et d’écouter à distance des autres pourquoi c’est  compliqué comme situation.

A l’heure actuelle, j’ai bien eu une amende, mais je ne sais pas exactement ce qu’on entendu mes collègues.

j’ai juste le goût amer de la trouille que j’ai ressenti, la trouille du placard, la trouille qui te fait te demander si ça vaut la peine de continuer.

Evacuation (1ere partie).

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Ca fait un moment que j’ai pas écrit et quelquefois je me fais l’effet de ne venir que pour déverser le trop plein d’angoisse .

En même temps , ce blog est avant tout centré sur ma transition et je n’avais rien de bien neuf à raconter. Je pourrais aussi, et pour une fois, faire un article hyper positif sur les gens adorables , qui , dans les différentes administrations , ont été juste parfaits (et oui y’en a pas mal, en tout cas ici ) mais je me bats encore avec l’idée de pas porter aux nues les restes d’une simple humanité. Ce que je veux dire c’est que ça ne devrait pas être incroyable de ne pas être transphobe ou homophobe ou juste d’être compréhensif, mais je ne sais pas, en ce moment j’ai presque envie de les embrasser, les gens moins cons que la moyenne.

Bref , la prochaine fois , si je me sens d’humeur bisounours ou que j’ai pris du migralgine avec de l’alcool, je ferais un article sur ces comportements qui font du bien, à titre d’exemple de comment ça devrait être, mais aussi pour éviter de vous foutre le moral à Z.

 

Revenons à ma journée.

Donc je vais à ma formation ce matin.

Assez bizarrement, depuis quelques mois que j’y suis, le débat autour du mariage homo avait l’air de complètement leur passer à côté, à mes collègues.

J’en étais venu a me dire que ça pourrait être supportable, j’avais mis en place mes stratégies journalières, pour  écouter le moins possible raconter leur conneries sexistes et homophobes, pour m’aménager des pauses dans la journée, pour me rapprocher des plus vieux. Ne subissant plus (je ne sais pas trop pourquoi) les vieilles vannes homophobes directes d’un de mes collègue, je commençais à me dire que c’était faisable.

Ce matin, J. décide de donner son avis sur le mariage homo (alors que personne ne lui demande, évidemment).

–  » Alors moi je comprend pas que cette loi soit passée alors que tous les gens que je connais sont contre. De toute façon je m’en fous, ils peuvent bien faire ce qu’ils veulent, qu’ils se marient si ils veulent du moment qu’ils n’ont pas le droit d’avoir des enfants! Parce que quand même c’est bien dégeulasse. Imagine, les enfants qui les voient s’embrasser… »

Et là, c’est parti pendant facile une heure, ou presque, tous mes collègues ont exprimé ce qu’ils feraient à deux homo qui s’embrasseraient devant leurs enfants.

Et c’est parti… de comment leur péter les genoux pour qu’ils ne  puissent plus se tenir debout mais que ça serait encore trop facile pour sucer, à l’utilisation d’un tournevis dans l’anus jusqu’à la clé à molette pour tordre les couilles, ça a été un festival de rigolade pour eux, parce que OUI, ils étaient fiers d’avoir de bonnes idées.

Nous sommes 10 dans ma section, 2 n’étaient pas là, 7 se marraient.

Et j’enregistrais dans ma tête, même si je ne voulais pas.

On est passé en mode concentré pour réaliser un schéma. Les lignes devenaient troubles, j’avais la nausée. Je suis rentré chez moi, je n’ai pas pu manger.

J’y suis retourné l’après-midi, je me suis enfermé mentalement dans ma cabine, j’ai avancé lentement dans mon travail, en prenant soin de ne parler à personne.

 

 

Prénom

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Page 12 du Numéro 4 de TransKind, j’ai écris un petit texte sur mon prénom, je le mets ici aussi parce que j’ai pas trop d’idée de nouvel article et que j’ai toujours la tête prise par ma formation.

– À l’échographie, on a dit à mes parents que je serais un garçon.
Ils ont donc décidé de me donner le même prénom que mon grand-père paternel.
À ma naissance, découvrant que j’étais finalement de sexe féminin, ils ont fait preuve d’une grande
imagination en ôtant simplement une lettre afin d’en faire un prénom de fille plutôt commun, puisqu’il y
eut 3606 autres personnes nommées comme moi cette année là.
Ils décidèrent aussi de me donner comme deuxième prénom celui de ma tante, à laquelle ma mère me
compara longtemps, vu qu’elle était (et qu’elle est toujours) une « vieille fille », c’est-à-dire une femme qui
ne s’est jamais mariée, qui vit seule, et comble de l’horreur qui aime ça.
Moi j’adore ma tante, elle sait bricoler, elle adore le cinéma et elle recueille tous les chats du coin.
Bref.
Quand j’ai commencé à mettre en œuvre des changements dans ma vie concernant ma transition, pendant
ma période de questionnement et de tâtonnement, je suis d’abord passé par une affirmation plus forte d’une
identité Butch.
J’ai choisis à cette époque comme pseudo un mot anglais qualifié d’agressif par pas mal de monde, mais
qui était pour moi une revanche contre toutes celles et ceux qui ont essayé (plus ou moins subtilement) de
faire de moi quelqu’un de plus « féminin », c’est-à-dire quelqu’un d’autre.
En effet ce surnom anglais m’avait été attribué par une lesbienne cis avec qui j’avais été en relation et qui
gérait sa peur de sortir du placard en me demandant (entre autre) de marcher un peu moins comme un
« cowboy » quand je me promenais avec elle dans la rue.
J’ai donc porté fièrement ce pseudo pendant un an, même si je pense que les personnes qui ne me
connaissaient pas devaient penser que j’essayais de me donner un genre de gangsta à l’américaine. Je garde
encore à l’heure actuelle ce pseudo sur internet, mais maintenant plus pour casser cette image de « gentil
trans » qui me saoule.
En réalité, à ce moment-là, j’étais toujours rempli de peurs plus ou moins stupides concernant ma
transition, notamment celle « d’imposer » mon prénom à mon entourage, de les « déranger » en cassant
leurs habitudes et leurs certitudes sur qui j’étais, mais en vrai j’étais juste entouré d’amiEs et de
connaissances pour qui c’était simplement normal de respecter mes choix.
(Quand je lis maintenant que certainEs sont félicitéEs de leur « grandeur d’âme », « extrême compassion »
ou « magnifique ouverture d’esprit » de simplement parler d’une ou d’un ami trans avec le bon prénom et le
bon pronom, je trouve que ce monde est pourri).
Passons.
C’est sur internet que j’ai choisis mon prénom actuel, je voulais garder la première lettre de mon pseudo, je
voulais aussi un prénom celte parce que j’aime la Bretagne (quelquefois les motivations ne sont pas
profondes) et surtout j’avais besoin d’une signification qui me corresponde et qui me donne de la force, j’ai
opté pour « contestation ».
Je n’ai jamais regretté ce choix, même si ma copine de l’époque ne l’aimait pas. Je n’ai jamais pensé non
plus à reprendre celui de mon grand-père paternel (non seulement parce que celui-ci était lepéniste à
l’extrême, mais aussi car trop proche de mon prénom de naissance) et ça, même si la conseillère
psychologue de Pôle Emploi me répétait tous les 3 mois qu’elle trouvait ça plus pratique.
Finalement, quand ce texte paraîtra, mon prénom sera écrit pour la première fois sur mon acte de naissance

Bienvenu chez les « Hommes » 2ème partie.

3928584-briques-de-verreComme je l’ai dit un peu avant, je n’ai pas à me plaindre car les formateurs de mon organisme de formation ont décidé très vite de garder pour eux le fait que je sois trans et de mettre au maximum les papiers internes a mon prénom masculin, bien avant que j’ai eu mon changement d’état civil.

Un jour, remplis de bonnes intentions, ils ont tenté l’exercice d’une sorte d’atelier basique sur les stéréotypes, plutôt axés sur les préjugés racistes que chacun pouvait avoir.

C’était une sorte de questionnaire auquel il fallait répondre rapidement sans réfléchir (bah oui parce que sinon hein…) avec des phrases à compléter telles que:

« _ Les chinois aiment…, les marocains sont…, les africains font… »

Enfin vous voyez quoi.

Puis s’en ai suivi une discussion assez superficielle ou chacun y allait de sa plus belle blague bien lourde pour faire rire toute la classe.

Arrivés au « les thaïlandais ont… » j’avais même pas vu venir le truc venir que hop, c’était parti pour les blagues transphobes.

Et là, intervention du formateur: « Ah mais attendez, on parle pas mal de la question du genre en ce moment (si si je vous jure c’est exactement la formule qu’il a utilisé) qu’est ce que vous en pensez vous? »

Alors je sais pas vraiment ce qu’il a voulu faire, mais c’est devenu très vite un festival de l’horreur pour moi et je me suis senti réellement m’enfoncer dans ma chaise. Je veux dire, je m’en doutais bien de ce qu’ils en pensaient, mais entendre un tel déferlement de conneries pendant un quart d’heure je m’en serais passé. La seule surprise a été mon voisin de gauche qui a mentionné le fait qu’il pouvait y avoir des femmes transsexuelles ( comprendre des FTM) mais que bon faire des bites ça devait pas être possible. Là, j’ai pas pu m’empêcher de lui dire que si, et il s’est mis a cracher par terre en disant que c’était dégeulasse.

A cet instant le formateur a du se sentir légèrement dépassé par la situation et a juste changé de sujet.