De FACING MIRRORS à UNE FEMME IRANIENNE, l’exemple même de l’invisibilisation progressive des trans masculins dans le cinéma « LGBT »

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FACING MIRRORS (Aynehaye Rooberoo) est un très beau film iranien de 2011 de la réalisatrice Negar Azarbayjani qui raconte l’histoire, qui se situe dans l’Iran actuel, d’une rencontre et d’une amitié entre une mère et épouse « traditionnelle » qui se retrouve forcée de conduire un taxi pour rembourser la dette qui a envoyé son mari en prison, et Eddie, un garçon trans qui attend désespérément son passeport pour quitter le pays.

En France, ce film est passé de festival LGBT en Festival LGBT, en obtenant en 2012 le Grand Prix du Festival Chéries-Chéris et en étant diffusé par un distributeur à but non lucratif « The Film collaborative ».

Et c’est ainsi que j’ai pu le voir en 2013 lors du Festival Face à Face de St Etienne.

Or pendant la séance, j’ai sursauté sur mon siège plusieurs fois quand j’ai constaté à de multiples reprises des problèmes de genrage dans les sous-titres en français. J’avais attendu avec impatience de voir ce film et en sortant, je me souviens m’être fait la réflexion que ces erreurs m’avaient un peu gâché la projection. J’ai alors décidé de me renseigner sur la façon dont ces sous-titres avaient été réalisés, et après un échange de mails, j’ai appris qu’un festival de la région PACA avait sous-traité une boîte de traduction (pas LGBT donc). Ayant obtenu le mail de la traductrice, j’ai fait preuve d’extrêmement de diplomatie et de pédagogie (si,si quand je me concentre fort, je peux), pour lui signifier que dans le contexte du film, il n’était pas possible de traduire de l’anglais vers le français un neutre vers un féminin, par exemple quand Eddie avoue à Rana « I’m a transsexual » (qui est quand même un moment important dans le film) il est insupportable de lire à l’écran « Je suis une transsexuelle ».

Bien sûr, la traductrice m’a pris de haut et m’a envoyé bouler poliment mais froidement et avec mépris (qui étais-je pour lui donner des conseils sur son travail?).

(page 8/17 du script)

Alors bon ça m’a énervé mais on peut pas dire que ça m’a surpris plus que ça venant d’une personne hors milieu qui ne s’est juste pas donné la peine de se renseigner pour faire son boulot, après tout c’est ce que font la plupart des « journalistes » dès qu’ils parlent des trans.

Par contre au niveau des festivals LGBT, à priori, personne ne s’est posé de question jusque là. En même temps, doit-on s’attendre à plus d’attention et d’implication de la part de festivals qui se disent LGB « T » et qui arrivent à s’embrouiller entre les termes MtF et FtM dans leur programmation.

Mais sur comment on prend au départ un film bien pour le dénaturer et aussi au passage invisibiliser sa thématique principale pour des raisons toujours inconnues à ce jour, le meilleur reste à venir avec la sortie nationale du film le 13 mai prochain, « grâce », nous dit le festival Écrans Mixtes de Lyon (séance du 9 mars 2015), au distributeur OUTPLAY.

cache_2454691361Seulement voilà, le film a changé de nom, dorénavant ce sera « Une femme iranienne ».

POURQUOI ?

On se sait pas. J’ai tenté de poser la question à Outplay (bon ok j’étais moyennement gentil, mais quand même pas insultant) via son FB, son site, et finalement son directeur Thibaut Fougères (également co-fondateur et programmateur pour ce nouveau  festival « de quartier » mais surtout pas LGBT qu’est le «Marais Film Festival », voir article de Yagg )

Celui-ci m’a sympathiquement répondu il y a une semaine, qu’il n’avait pas le temps il avait piscine

(enfin presque, j’exagère, il était en sortie ciné, j’espère que d’ailleurs depuis il est sorti parce que je suis pas sûr que ça soit génial pour la santé de s’alimenter de pop-corn pendant une semaine).

thibautfougèresAlors oui je m’interroge sur Outplay, je m’interroge également sur le fait qu’ une boîte distribuant un film aussi bien et queer que Something Must Break répertorie sur son site les films en deux catégories (qui a dit binaire?) « côté filles » et « côté garçons ». Des fois je me demande si les réalisatrices/ réalisateurs sont au courant et j’aimerais qu’on leur demande aussi leur avis, mais bon peut-être que je suis un extrémiste du respect du cinéma, je sais pas.

MAIS POURQUOI EST-CE SI IMPORTANT ?

Alors je vais me fendre encore une fois d’une tentative d’explication pour dire ce qui me paraît évident (et bon sang ça m’énerve de devoir le faire).

Parce que de passer du titre Facing Mirrors qui est une bonne traduction du titre original à Une femme iranienne qui invisibilise totalement le personnage trans masculin, alors bien sûr cette « femme » du titre est Rana (enfin j’espère), mais focaliser sur elle avec ce titre revient à effacer Eddie de l’histoire, à signifier par le vide qu’il est quantité négligeable. Et ce n’est pas ce que raconte ce film, ce n’est pas la vie de Rana qui est le sujet central, mais bien cette rencontre et cette amitié, ce voyage à deux qui se reflète dans le titre original.

Or l’invisibilisation c’est bien spécifiquement la manière dont les trans dans un spectre masculin (Ft*, FtM) sont discriminés. Tous les jours, au quotidien, nous recevons des messages de notre entourage, des médias, des médecins, des administrations, des politiques, des gays et des lesbiennes cis, qui nous signifient que nous sommes une quantité négligeable ou que nous n’existons pas. Alors parfois ce n’est pas flagrant, ce ne sont que des « petites erreurs » aux yeux des autres, (souvent de prénom, de pronom, de vocabulaire) des oublis, des silences… mais vous savez quoi ? C’est ça qui tue. C’est ça qui nous écrase jour après jour, qui rentre insidieusement dans la tête d’un enfant trans (ou d’un adulte) pour lui faire comprendre qu’on ne le reconnaîtra jamais comme important, qu’il est sûrement fou et qu’il doit renoncer à être lui-même dans cette société, voire dans cette vie.

Il y a très peu de films avec un trans masculin comme personnage principal, on peut les compter sur les doigts d’une main, mais on trouve toujours Boys Don’t Cry classé sur certains sites « LGBT » dans la catégorie lesbienne et ça ne choque que nous j’ai l’impression. Bien je pense qu’il est temps qu’on ne laisse plus rien passer, qu’on arrête d’être gentil, et qu’on s’arrête sur ces « détails » qui mis à la suite les uns des autres nous pourrissent la vie, il est temps d’exiger des gays, des lesbiennes et des bi(e) cis qu’ils/elles prennent leurs responsabilités si ils/elles veulent continuer à arborer le sigle LGBT sans problème.

Si vous désirez imprimer ce texte et par exemple le distribuer durant les festivals diffusant Facing Mirrors sous le titre Une femme iranienne, comme par exemple le lundi 9 mars à 20H au cinéma le coemédia à Lyon dans le cadre de ECRANS MIXTES, n’hésitez pas !

A télécharger ici !

De la violence (physique)

C’est un gros sujet pour moi. Je suis pas sûr de maîtriser les enjeux politiques et tout ça… mais bon je me lançe.

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Mes parents m’ont toujours dit : « Ne reponds pas ».

C’était à toutes les sauces, un reproche, une remarque, une explication… c’était super mal venu de répondre.

Parce que j’étais perçu comme une fille? Oui sûrement, oui peut être, ou juste un enfant qui ne doit pas rentrer dans un débat avec ses parents.

Résultat, on a jamais vraiment réussis avoir une quelconque discussion, tout était faussé par cette règle immuable.

Même encore maintenant j’y arrive pas.

J’ai fait du basket féminin de mes 8 ans à mes 16 ans et croyez moi, c’etait pas tendre, les coups pleuvaient.

Et puis j’ai eu 18 ans un jour et j’ai connu le milieu lesbien d’un bar de province, ou la plupart des personnes évoluants dans ce milieu avait le double de mon âge.

La plupart des soirées se finissaient mal, bien souvent à l’hôpital, ou les lesbiennes infirmières assuraient le suivi des histoires et des gossips ( C’est grâce à l’une d’entre elle une fois que j’ai appris que ma mère avait été hospitalisée, alors qu’elle n’avait pas pris la peine de me l’apprendre).

Bref.

Moi j’étais vraiment dans ma période Gandhi, j’avais lu les bouquins, j’avais vu le film, et je croyais grave qu’en ne réagissant pas face à la violence, je pouvais changer les choses. Du coup, j’avais eu quelques conflits, ou je m’étais laissé frappé en attendant que ça s’arrête, en pensant vraiment que jouer le jeu de la violence, c’était rentrer dans un jeu que je n’acceptais pas, et qu’en refusant d’y jouer je le désamorçais.

Mais avec un peu de recul, je m’aperçois que je suis incapable de me défendre physiquement, que même si j’essaye de participer a des ateliers d’auto-défense verbale (enfin un), je ne serais pas plus capable d’amorcer un geste physique, qu’on me renvoit régulièrement que les trans FT* et FTM sont des gentils et c’est pour ça qu’on les aime…

Que la dernière fois ou j’aurais aimé frappé quelqu’un, il a désamorcé le truc en me renvoyant mon statut de trans dans la gueule, que la testo et ses effets agressifs c’était bon et puis que je n’avais pas besoin de ça pour « surjouer la virilité » qu’il fallait que j’arrête d’être menaçant parce que a ce que j’ai compris ce n’était pas ma place, ce n’était pas mon rôle.

J’en peux plus des personnes qui me disent de garder mon calme, que ça ne sert a rien, qu’en répliquant on ne fait que jouer leur jeu. Accorde moi le crédit de s’avoir ce que je fais. Si je peux rentrer chez moi avec l’idée défoulante d’avoir pu taper un connard, c’est vraiment pas si mal en fait. Ouais des fois ça sert a rien, des fois ça fait juste du bien, mais vraiment c’est pas si mal.

Je me dis juste que le prochain , il prendra pour tous les autres.

Et j’espère que mes amiEs présentEs ne me diront pas de me retenir.

Etre unE bonNE alliéE

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C’est bientôt l’Existrans, la marche des trans, des intersexes et de leur alliéEs et tu te demandes (si tu n’es pas trans et pas intersexe) si tu te considères comme unE bonNE alliéE, et bien tu sais quoi?

Si tu es capable de ne pas parler à notre place, tu peux le faire!

Je vais sortir de moi-même pendant 5 minutes et faire des efforts de pédagogie que normalement je ne devrais pas faire, parce qu’il me semble que tu devrais avoir compris ça depuis fort longtemps.

1) EDUQUE TOI

Ce qui veut dire que je n’ai rien a t’expliquer, que tu peux le faire toutE seulE et que je ne te dois rien.

(c’est bon y’a internet maintenant et si tu comprends pas que les trans sont mieux placéEs que les autres pour parler de leur vécus et de leurs revendications, abandonne tout de suite et maintenant)

2) FERME TA GUEULE

Ouais c’est vrai je pourrais être plus diplomate, mais je ne le suis pas. Et j’ai le droit aussi.

Ce qui veut dire que

a) dans une situation ou des trans sont présents, ne prends pas la parole pour parler de trans

b) dans une situation ou des trans sont absents (entre cis, enfin tu présupposes) bottes en touche et rappelle que personne n’est légitime pour parler en leurs noms. Il y’ a maintenant suffisamment d asso et de collectifs pour pouvoir se passer de ton avis de cis.

(toi même tu sais que les arguments type : « je connais suffisamment de trans, je suis sortie avec des trans/un trans » ne sont pas des arguments légitimes)

3) OUI, TU AS DES QUESTIONS, mais j’en ai rien a foutre.

Eduque toi, par des liens, des textes,des rencontres, des conférences, mais ne vient pas me les poser, car tu présupposerais que je suis là pour y répondre et ce n’est pas le but de ma vie tu vois.

4) OUI DES FOIS ON AIME QUE NOS AMIES CIS NOUS SOUTIENNENT et viennent a l’Existrans par exemple, ou juste soient là, pas loin, et c’est cool, on les aime grave parce qu’ils ou elles nous montrent du soutien,  mais on sait qu’ils ou elles ne diront pas un truc du genre « on est tous un peu trans tu sais », parce que ce n’est pas vrai.

5) DIRE QU’ON EST LGBTQI ou transpédégouine (attaché et c’est voulu), non ce n’est pas suffisant pour prendre la parole (spéciale dédicace)

Ce que tu entends par ta communauté, ce n’est pas obligatoirement ce que j’entends par la mienne. Et de plus les combats sont spécifiques, si tu refuses de le reconnaître, je pense que tu as un problème dans ta façon d’être en politique.

6) Est-ce que tu as remarqué que cet article s’applique a pas mal de luttes?

« Fin de transition »

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Depuis mon changement d’état civil, on m’a beaucoup renvoyé le fait que j’avais fini ma transition, que c’était bon, que j’allais être tranquille, que tout allait être simple maintenant pour moi.

Je suppose que moi aussi, depuis des années, j’avais fini par me le dire, je m’étais tellement concentré sur ce que je voulais, une voix basse, un torse, une barbe, des papiers au bon prénom, des personnes autour de moi qui ne remettent pas en cause mon identité. Je me fixais des buts clairs et tout était déjà compliqué pour les atteindre.

Je me disais qu’après, on ne se tromperait plus en s’adressant à moi, que chaque aller et retour dans une administration ne me coûterait plus, que mes relations sexuelles et amoureuses seraient plus simples parce que je serais en paix avec moi-même.

Attention, je sais parfaitement le privilège que j’ai en tant que trans d’avoir eu mon changement d’état civil sans hystérectomie de façon aussi simple et rapide, alors que dans d’autres villes de France et d’autres pays, des trans se suicident encore ou se font agresser ou tuer. Je n’oublie pas.

C’est juste que tout ne s’est pas résolu comme par magie avec une carte d’identité qui me ressemble un peu plus.

Je n’ai jamais vraiment cru non plus qu’il y’ avait un début très net et une fin définitive avec, comme certaines personnes semblent le penser, des étapes obligatoires dans un ordre très strict.

Concrètement , état des lieux:

Médical:

Je fais mes injections tous les 18 jours en ce moment, je n’ai aucun problème a les faire moi-même, j’aime plutôt ça, ce petit rituel, je n’ai jamais mal.

Je suis un peu en retard sur mes examens sanguins mais j’essaye de les faire tous les 6 mois.

Je déteste ça, mais m’oblige a faire une échographie externe tous les ans. Surtout depuis qu’on me répète de tous les côtés, (une information qui n’a l’air de venir de nulle part) qu’ au bout de 5 ans de testo sans hysté, les risques de cancer aux ovaires sont super élevés. 5 ans, ça sera l’année prochaine, on verra bien.

Je ne pense à aucune autre opération chirurgicale.

Je ne peux toujours pas aller voir une gynéco, (oui c’est mal), mais c’est comme ça. Et il ou elle pourrait être aussi transfriendly que possible que je n’irais toujours pas.

J’ai réalisé dernièrement que je n’avais plus aucune angoisse quand je vais chez le/la généraliste ou l’ endoc ou n’importe quelLE professionnelLE médicale. Pourquoi? Parce que je n’y crois plus du tout, que ce sont tous et toutes des idiotEs pour moi, qu’au mieux ielles seront sympa mais incompétentEs, qu’il n’y a AUCUNE autre personne spécialiste de ma transition ou de mon corps que moi, et qu’à partir du moment où ils ou elles ne font pas preuve d’humilité sur ce sujet (ce qui n’arrive jamais), il n’y aura pas de relation de confiance entre nous. Je pense de toute façon, avec les renseignements que j’ai pu trouvé et les échanges avec les autres trans, que j’en sais plus qu’eux/elles, en tout cas sur ce qui touche à ma transition.

Familiale (famille de sang):

Bon là c’est le bordel non-autogéré (parce qu’un bordel auto-géré ça peut être cool), j’avais pensé à un moment que y’ avait une sorte de progrès même minime, mais je vois bien que non. Mon père évite de me nommer et quand il le fait il se plante.

Ma mère essaye une fois sur deux, mais quand je la reprend elle rigole alors que je fais la gueule. De plus je les ai entendu parler de moi entre eux, tout était au féminin donc je ne vois pas comment ça peut s’arranger.

Récemment ma mère a fait allusion a la sexualité présupposée d’une personne en parlant de « mon équipe » (trad: lesbienne aux cheveux courts) et elle m’a aussi demandé si j’avais une copine, ce qui m’a fait me demander ou j’en étais de mes coming out.

Je crois que je n’ai pas l’ energie pour y aller plus d’une fois par an et encore que quelques heures.

Je lui ai demandé il y’ a une semaine d’aller faire changer le livret de famille à la mairie sous prétexte que c’était une obligation légale, mais en vrai c’était surtout pour la faire chier.

On peut pas dire qu’il y’ a d’autres membres de ma famille à qui je parle, donc voilà.

Travail:

J’ai arrêté ma formation, trop de trucs a supporter au quotidien (décrits dans d’autres articles), les soucis perso accumulés ont faits que je ne pouvais pas continuer.

Je vais bientôt être au RSA / ASS. Je sais que je pourrais postuler pour d’autres emplois, mais je me pose des questions sur le fait d’être vraiment quelqu’un d’assez stable pour pouvoir m’occuper d’autres personnes dans leur quotidien ( ADV ), et les interactions réelles (non-virtuelles) avec des inconnuEs me posent de plus en plus de difficultés.

AmiEs/Amours:

Je ne vais pas m’étendre là, parce que voilà, c’est pas mon genre sur internet. Mais les choses ne sont pas vraiment plus simples. Certains problèmes que j’avais avant ma transition ne se sont pas résolus, au contraire, c’est comme si ils prenaient l’espace maintenant. Plus les blessures qui se sont accumulées en rapport avec la transphobie qui m’ont rendu plus méfiant, plus cynique. La bonne chose étant que je fais le tri maintenant, que j’apprends a dire « non, ça ne me convient pas », que oui ça me rend pas très aimable, et plutôt grognon et cynique, mais je prends du recul avec le fait de vouloir être aimé de n’importe qui et d’être validé par n’importe qui. Evidemment c’est plus dur avec les proches, et de temps en temps, je disparais juste parce qu’on ne peut pas être courageux tout le temps.

Alcool:

Ce n’est pas fini, et ça ne le sera peut être jamais. Mais je prends du recul a chaque fois que j’arrête de boire et je sais que je peux être fort.

Administratif:

Malgré le fait que j’ai envoyé mon compte-rendu de jugement et mon extrait d’acte de naissance modifié a à peu près toutes les instances et ça depuis des mois, je continue a recevoir des courriers a mon ancien prénom, et aussi des trucs genre « Mr Nomdefamille Prénom Féminin » , il faut aussi toujours fournir le jugement pour des papiers qui remontent aux années précédentes pour maintenant justifier que la personne nommée avant c’est bien moi maintenant.

Mentir à propos de son CV…

Finalement, je ne peux pas dissocier ma transition et ce que je suis maintenant, ce que je vis. Je n’ai pas l’impression d’avoir arrêté de réfléchir à ça, ni à qui je veux être. Je n’ai en aucun cas l’impression d’avoir achevé quelque chose, comme je n’ai pas senti avoir commencé a y réfléchir, vu que c’était là avant, sous-jacent, depuis combien de temps je ne sais pas.

En tout cas, si par « fin de transition » on entend une affirmation sociale, je n’ai pas encore l’impression que je touche du doigt ce que moi j’y entend.

Prénom

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Page 12 du Numéro 4 de TransKind, j’ai écris un petit texte sur mon prénom, je le mets ici aussi parce que j’ai pas trop d’idée de nouvel article et que j’ai toujours la tête prise par ma formation.

– À l’échographie, on a dit à mes parents que je serais un garçon.
Ils ont donc décidé de me donner le même prénom que mon grand-père paternel.
À ma naissance, découvrant que j’étais finalement de sexe féminin, ils ont fait preuve d’une grande
imagination en ôtant simplement une lettre afin d’en faire un prénom de fille plutôt commun, puisqu’il y
eut 3606 autres personnes nommées comme moi cette année là.
Ils décidèrent aussi de me donner comme deuxième prénom celui de ma tante, à laquelle ma mère me
compara longtemps, vu qu’elle était (et qu’elle est toujours) une « vieille fille », c’est-à-dire une femme qui
ne s’est jamais mariée, qui vit seule, et comble de l’horreur qui aime ça.
Moi j’adore ma tante, elle sait bricoler, elle adore le cinéma et elle recueille tous les chats du coin.
Bref.
Quand j’ai commencé à mettre en œuvre des changements dans ma vie concernant ma transition, pendant
ma période de questionnement et de tâtonnement, je suis d’abord passé par une affirmation plus forte d’une
identité Butch.
J’ai choisis à cette époque comme pseudo un mot anglais qualifié d’agressif par pas mal de monde, mais
qui était pour moi une revanche contre toutes celles et ceux qui ont essayé (plus ou moins subtilement) de
faire de moi quelqu’un de plus « féminin », c’est-à-dire quelqu’un d’autre.
En effet ce surnom anglais m’avait été attribué par une lesbienne cis avec qui j’avais été en relation et qui
gérait sa peur de sortir du placard en me demandant (entre autre) de marcher un peu moins comme un
« cowboy » quand je me promenais avec elle dans la rue.
J’ai donc porté fièrement ce pseudo pendant un an, même si je pense que les personnes qui ne me
connaissaient pas devaient penser que j’essayais de me donner un genre de gangsta à l’américaine. Je garde
encore à l’heure actuelle ce pseudo sur internet, mais maintenant plus pour casser cette image de « gentil
trans » qui me saoule.
En réalité, à ce moment-là, j’étais toujours rempli de peurs plus ou moins stupides concernant ma
transition, notamment celle « d’imposer » mon prénom à mon entourage, de les « déranger » en cassant
leurs habitudes et leurs certitudes sur qui j’étais, mais en vrai j’étais juste entouré d’amiEs et de
connaissances pour qui c’était simplement normal de respecter mes choix.
(Quand je lis maintenant que certainEs sont félicitéEs de leur « grandeur d’âme », « extrême compassion »
ou « magnifique ouverture d’esprit » de simplement parler d’une ou d’un ami trans avec le bon prénom et le
bon pronom, je trouve que ce monde est pourri).
Passons.
C’est sur internet que j’ai choisis mon prénom actuel, je voulais garder la première lettre de mon pseudo, je
voulais aussi un prénom celte parce que j’aime la Bretagne (quelquefois les motivations ne sont pas
profondes) et surtout j’avais besoin d’une signification qui me corresponde et qui me donne de la force, j’ai
opté pour « contestation ».
Je n’ai jamais regretté ce choix, même si ma copine de l’époque ne l’aimait pas. Je n’ai jamais pensé non
plus à reprendre celui de mon grand-père paternel (non seulement parce que celui-ci était lepéniste à
l’extrême, mais aussi car trop proche de mon prénom de naissance) et ça, même si la conseillère
psychologue de Pôle Emploi me répétait tous les 3 mois qu’elle trouvait ça plus pratique.
Finalement, quand ce texte paraîtra, mon prénom sera écrit pour la première fois sur mon acte de naissance

Papier Calque

HYSTERECTOMIE

Qualifiée de stérilisation , c’est une des conditions du changement d’état civil les plus scandaleuses puisqu’elle montre de façon radicale jusqu’où va le contrôle de l’état sur les corps trans.

De façon paradoxale , une stérilisation choisie par la personne concernée, même légale, est compliquée à obtenir, et encore plus si c’est une femme.

Concrètement,les reactions face à l’hysterectomie par les personnes trans dans un spectre masculin sont diverses:

-certains le font par obligation médicale.

-certains désirent cette opération car souhaitent enlever cette partie d’eux qui ne leur correspond pas,qui leur rappelle quelquefois ce qui est vu comme une condition de femme biologique.
(Spéciale dédicace au trans qui m’a dit un jour: »Je vois pas comment tu veux être un mec un jour si tu gardes tes ovaires »!Il se reconnaîtra si il me lit.)

-certains optent pour ce choix,d’une part,car c’est une assurance de plus pour la procédure de changement d’état civil et d’autre part,car il est dit partout que le traitement hormonal a long terme implique des risques de cancer notamment des risques de kyste ovarien.

Du coup ça implique une réflexion du genre:
« Bon bah quitte a le faire un jour, autant le faire avant si ça peut m’aider a avoir mes papiers ». Ce que je comprend très bien et qui va aussi dans une logique de médecine préventive.

Mais,a mon avis ,il est toujours interressant de se demander ,sur quelles études,sur quelles statistiques médicales peut-on s’appuyer pour établir nous mêmes,en toutes connaissances de cause,quels sont les risques réels que l’on prend et dans quels délais.
Je pense vraiment que le choix n’est total que quand on a toutes les informations qui permettent de le faire.

-certains le font parce qu’on leur a dit de le faire , que c’était obligatoire pour avoir le changement d’état civil, ou bien que pour eux l’odre « naturel » de la transition est :hormones,mammec,hysté,(meta/phallo),papiers (méta/phallo).
Certains même ne s’interrogent même pas sur cet ordre établi demandé par les « experts » des équipes off puisqu’apres tout ce sont eux les « spécialistes »,n’est-ce pas?

-certains encore refusent l’hystérectomie par choix, par peur,par nécessité médicale, certains ne veulent pas le faire car ne veulent pas prendre de testo, certains veulent avoir des enfants…

Moi perso,j’aime bien garder les trucs qui servent a rien.